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29 novembre 2016 2 29 /11 /novembre /2016 08:13
pas que des défauts!

"Mal écrire en est un de plus" dit cet ado triste et désabusé. Et il énumère tout ce qui cloche chez lui et qui à ses yeux n'est pas modifiable. Un brin fataliste, il regarde son écriture et en arrive à la même conclusion : "c'est comme ça! que voulez-vous...".

Lorsque je m'étonne et que je lui demande s'il y a bien quelque chose qui marche?? il hausse les sourcils et cherche vainement du positif. S'engouffrer dans cette brèche où il reconnaîtrait qu'il a un talent dans telle ou telle chose est risqué. C'est ouvrir grand la porte à tout ce qu'il aimerait réussir ; prendre en pleine figure toutes ses déceptions, ses rêves brisés ou des aspirations qu'il ne préfère même pas avouer. Tout plutôt que de la frustration!

Se reconnaître un talent, une compétence c'est aussi être confronté aux autres, à leur regard. Comment faire si on n'a pas un résultat à la hauteur de ses aspirations? pire, si l'autre réussit mieux... C'est beaucoup plus simple de se cantonner à être mauvais, à ne pas réussir aussi bien que tout le monde l'espérait : on est mauvais, point c'est tout. A essayer de mettre en avant une qualité, forcément il y a très vite l'autre côté de la médaille qui peut se montrer : et là? là, en revanche on n'est pas bon... et même que depuis un certain temps on fait tout pour que rien n'avance = on s'enlise, on ne travaille pas assez, on préfère se laisser vivre au chaud, nostalgique du temps où l'on était tout petit...

Je pense à un ado qui exprime très bien ce qu'il redoute le plus  au monde : faire face au vide, aux incertitudes, à ce futur qu'il n'entrevoit même pas et qui lui fait si peur.

Alors changer... changer pour quoi? changer, c'est un peu comme choisir : renoncer à quelque chose d'autre... forcément...

On peut avoir si peur de ce que l'on désire le plus qu'on est prêt à rester englué dans tout ce qui ne va pas. Il faut y voir toute l'impuissance et le désarroi d'un jeune confronté à son avenir. L'écriture n'est qu'un symptôme qui alerte parfois sur cette souffrance : mieux vaut scier la branche sur laquelle on est assis, au moins on reste acteur de sa vie et on résiste à l'effondrement.

Le travail thérapeutique est parfois très compliqué pour les abonnés aux "défauts" ; accepter d'aller mieux c'est aussi reconnaître et compromettre toutes ces défenses qu'ils ont mis en place. Il arrive qu'ils partent en cours de route, façon de dire : "après tout je vous emmerde!"...

Tout est vécu comme intrusif... le fameux "virus" dont parlait ce jeune adulte en m'expliquant combien une aide thérapeutique risquait de le mettre en péril.

Je reste persuadée qu'il ne faut pas grand chose pour faire basculer une situation dans un sens ou dans un autre mais je préfère opter pour l'ouverture plutôt que pour l'enfermement.

Il est essentiel pour des parents et des enseignants de comprendre que leur enfant, en allant mal, ne fait ni caprice, ni preuve de "j'menfoutisme", bien au contraire. La première demande de consultation est toujours une demande de soulagement corporel.

23 novembre 2016 3 23 /11 /novembre /2016 14:35
un gros chagrin entre les lignes...

Dans l'écriture se tisse toute notre histoire ... au fil des lettres mal fagotées et de l'élan poussif ou chaotique. Les émotions à fleur de peau et le coeur en bandoulière certains jeunes ou moins jeunes y cachent précieusement leur souffrance comme un trésor. Pourtant le chagrin n'est pas un trésor et contrairement à ce qui se dit : non, les chagrins ne rendent pas plus fort, bien au contraire... ils vous mettent la tête et le coeur à l'envers, la peau à vif pour certains, le corps en lambeaux.

"Ma main court" dit-il : "elle ne s'arrête jamais". Oui, tout comme celui qui écrit et qui ne tient pas en place. "Si je m'arrête je vais me noyer"... pourtant il dit qu'il ne sait même pas nager et il est là en train de se débattre avec son stylo comme si en effet il risquait de couler à chaque nouvelle ligne d'écriture.

Ce sont les émotions qui nous sauvent à ce moment précis, ces émotions si fortes chez ces enfants crispés qui n'arrivent pas à s'inscrire sur une feuille blanche. Les émotions sont la porte d'entrée et tout l'inverse d'un problème, d'un handicap ; il est nécessaire d'apprendre à les ressentir et à les décoder. C'est cela être présent à soi-même et c'est pour cette raison que la graphothérapie clinique est une thérapie de relaxation à médiation corporelle. Chercher un meilleur alignement du corps et de la tête tout en harmonisant les battements de son coeur, bref être plus présent à soi-même.

Bien souvent les patients que je reçois souffrent de ne plus pouvoir arriver à dompter leurs pensées, à les apaiser, les rassurer. Elles déboulent sous le crâne, flot incessant, reflet de notre monde frénétique où l'on n'a plus le temps de souffler.

Alors il y a des chagrins qui restent coincés en travers de la gorge, des douleurs qui brûlent.

Je vois des super-héros en herbe qui n'arrivent plus à se détendre ; sans cesse ils soufflent sur les braises. "J'ai des angoisses" dit-il. Mais derrière ce "j'ai des angoisses" impossible d'y associer quoi que ce soit, ni ressenti, ni douleur, ni tension. Très souvent des parents disent "il a des angoisses" et c'est devenu juste un mot, une façon de dire : il ne va pas bien et on le voit  même si parfois aussi ils ne peuvent ni voir ni entendre ce mot, c'est trop dur pour eux.

Une douleur (et cette crampe à l'écriture en est une) est toujours un signal d'alerte un peu comme un voyant lumineux qui clignote sur le tableau de bord de votre voiture : il y a un truc qui cloche! plus assez d'huile, feu arrière qui ne marche plus, porte mal verrouillée ou pire encore. Il est nécessaire d'aller voir ce qui se passe et quand on ne trouve pas on emmène son véhicule chez le garagiste : il met la voiture sur le pont ou ouvre le capot du moteur pour vérifier si tout fonctionne correctement.

Avant de pouvoir se dire, un chagrin doit être apprivoisé sinon il risque de ratiboiser toute notre énergie. Parfois c'est le lien qui a été mis à mal : une séparation, une perte, un abandon, un amour déçu. Le premier soin est de restaurer la continuité ; celle de l'écriture dont la liaison est souvent mise à mal, et celle du regard posé sur un enfant. Il faut du temps : un temps nécessaire pour aller mieux et pour apaiser un gros chagrin. Parfois c'est le partage de deux regards qui peut aider à retrouver confiance et à se lancer dans un travail thérapeutique.

21 novembre 2016 1 21 /11 /novembre /2016 14:34
le langage écrit n'est pas le langage oral!

Quelle n'est pas ma surprise lorsque je prends connaissance des documents à remplir pour une demande d'aménagements aux examens ; dans ma pratique professionnelle je vois des patients dont la demande première est une demande de soulagement face à la douleur qu'ils ressentent en écrivant ; cette souffrance corporelle porte un nom : la crampe dite de l'écrivain!

Cette crampe est la plupart du temps si active et si tenace qu'elle ralentit le geste : l'écriture n'avance plus, bloque et si l'enfant ou l'ado pris par le temps veut absolument accélérer pour mettre par écrit tout ce qu'il a à dire, eh bien, certes il va vite mais il demeure illisible. Ce qui l'amène d'une part à consulter et d'autre part à faire une demande pour bénéficier d'un "tiers temps"lors d'un examen. J'ai précisé, dans une ancienne vignette clinique, que très souvent, en dépit d'une forte tension, certains préféraient ne pas être privés de leur écriture manuscrite et ne souhaitaient pas bénéficier d'un "régime de faveur" (ressenti comme tel) attirant tous les regards sur eux et d'une façon peu acceptable, comme s'ils étaient "à part"!

Je lis sur ces documents à remplir : bilan orthophonique!!!  Surprise! Je n'exerce pas la profession d'orthophoniste... je suis graphothérapeute-clinicienne... et je lis le questionnaire suivant, avis sur les épreuves de lecture... l'orthographe d'usage... la fluence verbale... la phonologie... Ah! quand même! je lis en fin de document : graphisme, troubles praxiques...Il semblerait que l'on mette tout dans le même sac.

J'avoue que je suis totalement abasourdie. Considère-t-on encore à l'Education Nationale qu'écrire et parler, c'est la même chose?? Pense-t-on aussi qu'un enfant qui souffre en écrivant est un handicapé?

Je rappelle qu'il s'agit de dysgraphie et que la définition de la dysgraphie est la suivante : "est dysgraphique tout enfant ou adolescent dont la qualité de l'écriture est déficiente alors qu'aucun déficit neurologique important ou intellectuel n'explique cette déficience".

On peut mal écrire et très bien orthographier les mots... de même que l'on peut avoir des soucis d'orthographe mais aucun avec l'écriture! dans le même registre on peut aussi avaler les mots comme on avale les lettres... et ne pas être concerné par une rééducation orthophonique... heureusement que certain(e)s orthophonistes font la différence et ne prennent pas en -rééducation- des jeunes qui ne relèvent pas de leur spécialité et qui très souvent sont loin d'avoir des soucis à l'oral... bien au contraire. Un de mes patients s'indignait récemment ; il faut dire qu'il manie la langue française avec un certain zèle et se récupère ainsi en classe de ses déboires à l'écrit : non pas, parce qu'il fait des fautes d'orthographe mais parce qu'il est illisible tant sa main est crispée! Et que dire de ceux qui n'arrivent pas à écrire et qui ne veulent pas parler non plus, non pas parce qu'ils souffrent d'un trouble du langage mais parce qu'ils préfèrent ne pas s'épancher sur eux. Le sujet est vaste. Ranger l'écriture dans le tiroir du langage oral peut être très réducteur et faire perdre un temps précieux.

Je rappelle aussi que la graphothérapie c'est d'abord pouvoir dire à un jeune, lors d'un premier entretien, où il est seul face à nous, en le voyant écrire, en le regardant écrire, en se penchant avec lui sur son écriture, c'est pouvoir lui dire qu'il souffre, qu'il souffre en écrivant.

Notre cadre de travail met directement l'accent sur le ressenti du patient et ce, dès la première rencontre.
Serge Tisseron dit à ce sujet ceci : "Le geste de la main qu'implique la réalisation d'une trace permet l'appropriation, en un temps et un lieu privilégié et reproductible, d'impressions sensorielles diffuses. Cette appropriation assure l'accès à une représentation de soi équivalente à celle du miroir, mais organisé à partir de l'investissement sensori-moteur. Mais cet investissement n'est lui-même soumis à la maîtrise qu'en liaison avec des enjeux affectifs puissants organisés autour de la contenance et de la séparation".

Nous ne sommes plus vraiment dans le registre d'une rééducation du langage oral ; il s'agit de bien autre chose.

18 novembre 2016 5 18 /11 /novembre /2016 14:20
sculpture de Jason Decaires Taylor

sculpture de Jason Decaires Taylor

"Je n'écris pas bien... mes lettres... regardez! ce n'est pas top!" Pourtant tout est posé, tiré au cordeau... il ne manque pas une barre de "t", ni un point sur les "i"... impressionnant! hélas cette écriture qui présente une si belle facture, coûte très cher à son auteure ; une bonne élève qui ne fait pas de vagues en classe, qui a toujours une moyenne autour de 18, voire 19... pourtant si la tension dope la performance il lui arrive aussi de bloquer la main et le poignet.

Le souci disent ses parents, c'est qu'elle se met toute seule dans l'obligation de se dépasser. A la maison, tout le monde est épaté par cette gamine qui ne bronche jamais, travaille sans cesse ; seule l'écriture alerte : qu'est-ce qui cloche chez elle? Une telle réussite devrait générer un sentiment de plénitude ou au moins un peu de confiance en soi ; il n'en est rien. Le stress l'écrase, broie ses muscles et fait chanceler le peu de confiance qui reste. Elle mobilise une telle énergie à faire tout si bien qu'elle s'épuise. Certains enfants ou adultes ne sont "bien" qu'en situation d'urgence, voire de panique : c'est là qu'ils travaillent le mieux et le plus vite ; des ados ne se lancent dans leurs devoirs qu'en toute fin de journée... le dimanche... Mais voilà, nous ne sommes pas tous égaux face à un tel stress et la jeune fille assise en face de moi est loin de trouver le moindre réconfort à entreprendre au dernier moment... bien au contraire : elle prévoit, réfléchit sans cesse et en état de panique elle s'effondre : oublie tout, pleure, se bloque et reste pétrifiée telle une statue de sel.

Si les garçons souffrent davantage de leur écriture et consultent plus que les filles ; celles-ci sont, en moindre nombre, confrontées à cette tension qui bloque la main ; les deux en revanche partagent la même peur : celle de ne pas être à la hauteur. Perdre quelques points lors d'un contrôle ou d'une dictée et c'est la catastrophe.

Alors les "belles lettres" s'associent souvent plus au dessin qu'à l'écriture... ce qui compte, c'est le rythme, l'élan tonique, l'engagement de la main qui court et se glisse sur la feuille, sûre d'elle et confiante. Etre au top, parce que les lettres sont bien agencées et joliment faites alors que la ligne peine à avancer et qu'au bout de quelques mots, la main reste en panne... Non ; ce n'est pas cela écrire. Le "slow" ne fait pas toujours du bon boulot!!

17 novembre 2016 4 17 /11 /novembre /2016 17:08
le silence fait du bruit!

"je ne veux pas écouter le silence"!

c'est une petite remarque qui émane des grands orateurs... ceux qui peinent à l'écrit mais qui babillent sans cesse, toujours un bon mot à la bouche.

"Avoir l'esprit silencieux sans y être contraint est un grand art : le vide enseigne à voir"... C'est un sage parmi les sages, Krishnamurti qui a trouvé cette phrase lumineuse.

2 minutes, que dis-je 1 minute de silence! serait-ce possible? souvent ce tout petit passage vers un autre ressenti ouvre un espace temps qui éclaircit le visage et le coeur des plus durs à cuire! Car bien sûr, il n'y a pas que le silence extérieur, il y a celui de notre intériorité... et le "petit chez soi" de certains patients est bien bruyant. Le silence se gagne, il se mérite, il se savoure. Je me rappelle une petite phrase amusante pour parler du ménage dans la maison... "il y a des taches de propreté" les jours où le soleil éclairait les traces de mains, d'objets cernés par des particules de poussières en suspension ou déposées sur les meubles... eh bien parfois il y a "du temps perforé par les bruits". Qu'en faire? comment appréhender cet espace, ces nouveaux sons?

C'est ce temps de "présence à soi" qui est si précieux à notre travail de graphothérapie car l'écriture ne prend souvent pleinement sa place que lorsque la bouche se tait.

C'est aussi découvrir un monde silencieux qui affole certains : nous sommes sans cesse partagés entre deux univers qui n'ont rien à voir et qui se touchent en permanence.

14 novembre 2016 1 14 /11 /novembre /2016 08:59
petite récréation ou l'écriture en fête...

échappée libre... quitter l'écriture qui fait mal, qui coince pour les mots qui naissent directement du corps et de l'âme.

Voici quelques passages du livre de Carmen Boustani dédié à Andrée Chédid ; Carmen Boustani est la spécialiste de l'oeuvre de Colette et d'Andrée Chédid qu'elle a bien connue. Elle est aussi l'auteur d'un grand nombre d'ouvrages sur l'écriture au féminin et sur les littératures méditerranéennes.

Au-delà de "l'écriture" geste corporel, elle évoque "le rythme de l'écriture" notamment celui d'A. Chédid : "le rythme de son écriture est biologique. Il entre dans les mots, les fragments de phrase, fait leur succession, leur relation et leur respiration". Ce qui fait tant défaut à mes patients qui semblent avoir perdu ce précieux rythme.

"Tout cela en accord avec le souffle, mot récurrent sous sa plume et dans ses paroles. Il s'accompagne en particulier du geste d'écrire de la main dans un jeu sensuel de liaison et de déliaison. Chaque mouvement de la main est porté par l'élément de sa corporéité. Son tracé apporte un éclairage nouveau. Il révèle spontanéité et élan. Chedid appréhende les mots comme des êtres vivants, animés d'une vie propre, et les investit de grands pouvoirs. Elle laisse vivre les mots, les fait naître de son corps. Le mot se déplie, respire et crie sur sa page. Chaque expression rompt ses propres limites, élargit le sens, ouvre sur l'imaginaire. ./... Partout c'est le corps qu'on nomme. Ainsi se confirme dans sa chair la valeur subversive de son écriture.../... J'ai toujours cru que la représentation du corps chez elle était une "carrière à mots" et, là, sous la peau, il y a de quoi refaire une écriture.

"ces traits aériens sont en parfaite harmonie. Pour chaque avancée du texte, un mot ou un fragment de phrase fait saillie, jouant le rôle d'un noyau de sens. Par le biais de ces lettres qui se détachent pour se reproduire dans l'espace de la page, les mots affichent leur matérialité."

Il me semble que ces lignes touchent au plus juste ce que représente -l'écriture manuscrite- et c'est précisément cela qui fait mal aux jeunes ou aux adultes qui souffrent tant dans leur corps, dans leur main au point de ne pouvoir se laisser aller à poser les mots sur la feuille. Lorsque les signes n'ont plus de clarté, ils ne permettent plus de communiquer.

Ecrire, c'est sans doute par la corporéité essayer de créer une présence en mouvement. On est toujours seul devant sa feuille lorsque l'on écrit... la parole se fait silence.

9 novembre 2016 3 09 /11 /novembre /2016 18:15
l'écriture et les apprentissages... "non"!

Mais qu'est-ce donc qu'apprendre? ce n'est pas, ainsi qu'on peut parfois le penser : éponger toutes les connaissances, enregistrer sans se poser de questions, imprimer pour le meilleur et pour le pire... Apprendre demande en premier d'accepter qu'il y ait des règles, des limites ; cela peut-être des règles de grammaire, des formules de maths, l'orthographe des mots... une façon de faire, des consignes...

Apprendre renvoie forcément à des talents ou à des échecs : on se confronte alors à ses réussites mais aussi à ses insuffisances ; comment tout savoir? on doit accepter de se tromper pour avancer, on doit accepter de douter : eh oui... finalement on n'est pas si sûr que cela! Apprendre c'est aussi se comparer aux autres qui savent parfois plus et mieux et c'est par conséquent pouvoir entendre et accepter d'autres réponses, d'autres solutions peut-être plus appropriées ou dans tous les cas plus performantes. Cela implique de la confiance, de l'humilité, voire même une soumission aux autres..."mais pourquoi le prof saurait mieux que moi d'abord!!"

"L'intelligence est un cheval fou ; il faut apprendre à lui tenir les rênes, à le nourrir de bonne avoine, à le nettoyer et parfois utiliser la cravache"!

Apprendre inhibe parfois les plus intelligents et les plonge dans des affres de désarroi ; l'instabilité, une impression d'inattention viennent s'y mêler. On veut que ça marche, là... tout de suite et en  même temps face au travail à accomplir, on s'échappe, on se débarrasse des moindres contraintes se laissant au passage distraire par une mouche qui vole! Il en va de même pour l'écriture, expédiée, bâclée, laminée pour vite passer au truc suivant!

Ah... qu'il est parfois difficile d'amener certains patients à se laisser prendre au jeu de la détente! Il leur faut des réponses, des solutions, des explications à n'en plus finir ; impossible pour eux d'envisager qu'il est question de toute autre chose. Leur demander d'être en lien avec ce qu'ils ressentent c'est leur demander de  jeter un oeil sur leur chaos intérieur.

L'impossibilité à envisager les apprentissages reste le signe d'une grande anxiété. Mal écrire l'est également.

Pourtant est dysgraphique tout enfant dont la qualité de l'écriture est déficiente alors qu'aucun déficit neurologique important ou intellectuel n'explique cette déficience... Mal écrire renvoie à bien autre chose que la maladresse... dont la difficulté à apprendre, même chez les jeunes qualifiés de précoces. Certains s'éparpillent, ne se soumettent aux règles qu'en dilettante! c'est leur façon de rester "petits" : plus je refuse, plus je me sens fort et plus j'existe et plus j'ai de pouvoir sur les autres ... hélas ce cercle vicieux peut durer des années.

C'est ce que -mal écrire- révèle très souvent : une difficulté à se soumettre aux apprentissages...

7 novembre 2016 1 07 /11 /novembre /2016 14:11
Je check... je check... tout!!!

"je check tout avant de me lancer"... et cela surtout dans l'écriture! dit-il, très fier de lui. Autrement dit : tout va bien, je fais tout ce qu'il faut!

Je "check"... j'avoue être amusée par le mot comme si notre jolie langue française n'avait rien en boutique pour traduire to check par -vérifier-. Mais, bon...  à 8 ans c'est comique, à beaucoup plus, ça me laisse perplexe. Quoi qu'il en soit, c'est le verbe -vérifier- qui est intéressant, et bien sûr : tout... vérifier. A ce rythme là, difficile d'aller plus vite ; la main doit faire des embardées pour arriver à tenir la cadence et surtout rattraper le mot perdu en cours de vérification.

Qui sont les "checkeurs"? Essentiellement des anxieux, des craintifs, des appréhensifs de tout poil! des obsessionnels aussi qui mettent un point d'honneur à tout vérifier, y compris chez l'autre. A la moindre anicroche on a droit aux péripéties du trois fois rien! et cela finit par prendre des proportions insoupçonnées! Comment? on n'a pas rangé mon crayon à la bonne place? Comment? vous avez oublié le petit tiret à je ne sais quel mot? Pas facile à vivre... fatigant et agaçant.

En revanche ce qui est amusant, c'est que la plupart du temps ce sont les mêmes qui s'octroient des privilèges quant au respect des règles et des limites. "Tu as 3 minutes de retard! c'est inacceptable" dit ce gamin à sa maman qui arrive en courant! pourtant celle-ci se plaint de l'attendre à chaque sortie de collège tant il traîne...

Engorgée par tant de vérifications l'écriture n'avance plus et se crapahute comme elle peut, lâchant à tout va son appréhension dans des saccades, des arrêts, des reprises, des trous et des oublis. Eh oui! on ne peut pas être partout à la fois...

Les bredouillages sont fréquents chez les vérificateurs. On ne peut pas tout contrôler ; forcément il y a des "échappées" intempestives et imprévues. L'imprévu leur flanque une frousse phénoménale! Comment faire face à une situation inconnue? Bien souvent on s'en prend à l'autre : le bouc émissaire! et nos "checkeurs" en ont toujours un sous la main puisque si quelque chose cloche, ce n'est pas de leur fait!

La feuille du cahier ou notre feuille blanche de travail représente en quelque sorte le champ de la vie : comment s'y installer? le terrain est-il miné?en plus tout le monde va voir ce qui s'inscrit ou se trace...  à force de vouloir -garder la main- en toute situation, on avance en force en se coupant de l'environnement, des autres, on fait vieux avant l'âge, figé, schématisé dans sa façon de penser.

Tout comme au travers des lettres qu'ils forment, ces patients confondent force et rigidité et sont persuadés que souplesse rime avec faiblesse. Emprisonnés dans leurs vérifications leur pensée ne peut jamais atteindre l'autre... alors ils continuent de "checker" parfois même jusqu'à l'absurde. Désordre et incertitude font partie de notre vie. Ouf! Et puis, vérifier et encore vérifier n'est pas le chemin obligé pour être efficace, bien au contraire. Les vérifications incessantes débouchent souvent sur le ressentiment et la rumination. Forcément, ce n'est pas confortable.

"La colère et le chagrin nous font beaucoup plus de mal que les choses mêmes dont nous nous plaignons, et qui les font naître" (Marc Aurèle - Pensées)

5 novembre 2016 6 05 /11 /novembre /2016 16:25
sculptures Martine Kerbaol

sculptures Martine Kerbaol

Je t'aime en italien se dit aussi "ti voglio bene" : je te veux du bien...

Balint disait que "la santé physique et psychique d'un enfant se fabrique dans le lit de ses parents" ; c'est parfois difficile à comprendre mais pourtant. Il faudrait sans doute écrire un guide pour les parents, surtout pour tous ces parents qui se séparent. Que demande l'enfant? Il veut le meilleur de ses parents, il veut être aimé d'eux = nous te voulons du bien, nous t'aimons. Se séparer c'est parfois remettre en question cet amour ou le fragiliser.

Dans notre travail pour restaurer l'écriture, c'est-à-dire faire en sorte qu'un jeune puisse écrire vite et bien, il y a la notion de lien, d'harmonie entre le corps, la tête et le coeur. L'écriture qui appelle au secours met en lumière la difficulté à s'inscrire, à se faire confiance, à être à l'aise à l'école, au collège ou au lycée. L'écriture fait mal, apprendre et obéir à la consigne, à l'autorité du maître ou du professeur fait mal à certains enfants plus sensibles que d'autres. Ils ne s'épanouissent plus en classe car on oublie si souvent le plaisir dans les apprentissages... l'écriture met en lumière aussi le relationnel, la communication, ce qui risque d'être perdu ou parasité dès lors que des parents décident de vivre séparément.

Lorsque l'on écrit on est seul devant sa feuille et c'est souvent là que le bât blesse. Le plus important est de signifier à un jeune en souffrance qu'il est capable de prendre soin de lui-même, de ressentir ce qui le bouleverse, le met en joie ou le plonge dans des affres de tristesse. C'est un processus de création. S'il y a eu des défaillances à un moment ou un autre dans la relation, il est nécessaire d'être émotionnellement accessible avec son jeune patient.

Je disais précédemment combien il était important d'assurer sa base et de bâtir "solide" ; c'est sans doute plus compliqué que d'accrocher les tableaux au mur ou de choisir le mobilier! mais construire un lien c'est aussi construire un projet, ce qui permet à un jeune en difficulté de se relancer sur le chemin de la réussite et de l'épanouissement. Parfois on démarre de zéro. C'est difficile, parfois aussi le mode d'emploi tant désiré par un patient ne vient pas... il n'y a pas de magie, pas de boule de cristal pour -deviner- ; à lui de mettre les mots sur une souffrance, un ressenti et de renouer ainsi avec ses émotions sans doute mises de côté, court-circuitées lors d'un traumatisme ou d'une grande incompréhension.

A chaque mouvement laissé sur une grande feuille se met en place un "jeu". Un jeu entre l'intérieur et l'extérieur, le retour au même ; on passe et on repasse, on abandonne une trace pour une autre, le calme se fait dans ce même trajet de la main au papier ; à chaque tour le jeune qui laisse sa trace se rapproche un peu plus de son histoire, de ce qui l'a marqué : une frayeur, un excès de tension, une surcharge émotionnelle. L'enjeu est de devenir soi sous le regard aimant des parents qui, tout comme le thérapeute, lui veulent du bien.

4 novembre 2016 5 04 /11 /novembre /2016 16:06
une bonne base pour se propulser dans sa vie

La base?? Il y a des écritures qui ne se posent pas sur la base de la ligne ; des lettres qui semblent s'envoler, des mots qui courent comme s'ils étaient poursuivis!

Avoir une existence et avoir un corps. Dès le départ le processus se met en route. La base, c'est un peu le plancher de notre maison, ce qui sert à nous poser, à nous lester (les jours de grand vent!) et à nous soutenir. Françoise Dolto a parlé de -sécurité de base- ; ce n'est pas rien. Sans elle, tout peut arriver ; il en va de notre confort, de notre confiance, de notre force à faire face au monde. Dans cette base, on trouve un kit de survie ; elle contient toutes les informations que nous avons reçues dès le départ : mémoire foetale, mémoire tactile, olfactive, émotionnelle. Tout est là, engrammé dans ce socle qui fait que nous sommes un et unique, né de deux parents, né d'une histoire, parfois d'une saga familiale.

Ce sont nos fondations et tout comme la -maison des trois petits cochons- tout dépend de la solidité de l'édifice! On sait qu'une mère joyeuse et confiante insufflera à son enfant plus d'envie d'aller de l'avant. Par leurs paroles, par leurs actes, leurs habitudes, leurs expériences personnelles, les parents inscrivent des informations dans cette base de données et ce tout au long de la vie de l'enfant.

L'écriture ne peut parfois aller son chemin qu'en retrouvant sa base, sa sécurité originaire. Elle est d'une certaine façon faite de chair, de sensations, d'émotions, de croyances. C'est dans le corps à corps affectif du démarrage de sa vie que le petit reçoit et fait siennes les informations inconscientes de sa mère, de son père, de ses grands-parents aussi. D'où l'importance de bien raconter l'histoire dès le départ! Un enfant à qui on ne dit rien, à qui on cache son histoire ne sait pas qu'il sait, il sait sans savoir et c'est le début de la confusion... un marché de dupes car quelque chose cloche. La perte de confiance ébranle toujours la base. Tout peut s'écrouler à tout moment.

Des enfants flottent parfois tout comme les lettres qu'ils inscrivent sur leur cahier ; ils ne réussissent pas comme ils en ont les capacités ; c'est comme si, dès le départ, on les avait privés du mode d'emploi pour se connecter à leurs talents. Ils ne s'engagent pas pleinement ; ils sont toujours dans la crainte et manquent de sécurité. Par la suite, on va s'en prendre à eux et c'est injuste. On va les accuser de ne pas savoir s'engager, de ne jamais savoir ce qu'ils veulent, de tergiverser, d'y aller puis de se rétracter... C'est le lien qui est bel et bien en question et qui est aussi en souffrance. Chez ces enfants, la difficulté est grande à établir un lien avec ce qu'ils ressentent. Et pourtant ce n'est qu'ainsi qu'ils pourront retrouver leur sécurité de base...

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De la trace écrite à la peinture à l'huile...

 

Tous les chemins pour accéder à un geste plus libre...

 

Qu'est-ce que cela veut dire :  être dysgraphique??


Mon cheminement prend racine dans mon expérience de "graphothérapeute-clinicienne" à travers l'approche quotidienne du corps de mes jeunes patients qui souffrent de mal écrire.Tout comme l'écriture, la peinture passe aussi par le corps ; du regard à la main.

Je peins depuis que je suis enfant, attirée par les traces de toutes sortes : traces d'écriture, de dessin, de pastels, d'aquarelles ou d'encres.

C'est à travers un dédale d'expériences personnelles et thérapeutiques que je me suis "lancée".
Ma démarche est celle d'une promeneuse solitaire qui s'émerveille des paysages de mer : de Bretagne, d'outre-mer ou d'ailleurs.                                    

Le Finistère Nord est mon terrain de jeu, ma boîte de couleurs : de Brest à Carantec, de Morgat aux Abers, de Brignogan à Roscoff ; c'est là que je me ressource et découvre toujours de nouvelles teintes, de nouvelles lumières comme si je les découvrais pour la première fois.
Regarder est si difficile...

 

J'ai créé ce blog pour partager mes réflexions et des instants de ma vie de thérapeute et de peintre.

Quoi qu'il arrive, penser que nous sommes toujours en transition, en devenir, pourrait nous fournir une capacité à rebondir extraordinaire.

"Etre créatif, c'est avoir le sentiment que la vie vaut la peine d'être vécue" (D.Winicott)

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à maux couverts

Cette page -référencée- dans les articles vous permet de poser des questions sur tout ce qui de près ou de loin a trait à l'écriture : apprentissage dès le cp, problèmes rencontrés, tous les "dys" : dysgraphie, dyspraxie, dysorthographie, dyslexie ; les troubles de l'écriture : écriture trop lente, illisible, saccadée, sale avec des ratures, des lettres oubliées, écriture trop grosse, trop petite, etc...

Il vous suffit d'ajouter un commentaire en bas de cette page.

Je vous répondrai dans la mesure de mes compétences.

N'hésitez pas à me faire part de vos interrogations, vos expériences personnelles, celle de vos enfants, de vos remarques concernant les sujets que j'évoque dans ce blog.

* Merci de ne pas faire de copier/coller de mes textes sur vos blogs. Demandez-moi!

* Toutes les vignettes cliniques parlent de patients "fictifs" bien sûr et de situations choisies sans lien particulier avec telle ou telle personne. Le travail thérapeutique est strictement confidentiel.