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10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 07:17
Maurice Utrillo - ferme à Ouessant -

Maurice Utrillo - ferme à Ouessant -

Les personnes (enfants ou adultes) qui souffrent de mal écrire = ont mal en écrivant, peuvent dessiner ou peindre sans être gênés par une crampe et même y trouver du plaisir mais il arrive que certains patients se disent incapables de "bien dessiner" et encore moins de peindre! quant au coloriage, lorsqu'il est possible, il ne peut que déborder car la main se refuse à se calmer, à se poser et surtout à respecter les contours, les limites.

Je me rappelle un patient qui clamait haut et fort "je suis un artiste"!! à sa façon, oui ; il l'était...

"Les artistes, de nos jours, comme hier, marchent plus souvent sur les bordures qu'au centre des allées. Ils restent ce qu'ils n'ont jamais cessé d'être et qui les rend si particuliers. Ils sont des personnes déplacées" (D.Frank)

Je trouve que cette définition colle assez bien aux gamins ou aux adultes que je vois pour un problème d'écriture. Si certains semblent flotter et ne pas faire grand cas de leur environnement ils ont tous en commun une même facette : l'exigence est leur première compagne.

Si peindre reste bien différent de l'acte d'écrire, dans les deux cas la respiration est concernée ; quant à la production (toile ou papier) elle est unique tout comme celui qui la produit.

Une nouvelle toile, tout comme un jet d'écriture n'est jamais acquise et le doute constitue le même langage : de l'artiste face à lui-même et du scripteur. La nouvelle toile qui va voir le jour ne repose sur rien pas même sur la précédente ; chaque fois l'aventure redémarre de zéro et ce zéro peut-être un gouffre : ce gouffre évoqué par certains patients, incapables de relâcher leur main ou leur bras tant il y a de tension. Relâcher, se détendre serait forcément ouvrir une porte qui déboucherait sur un gouffre...

"L'artiste vit seulement sur son souffle. Si celui-ci vient à manquer, tout cède."(D. Frank - Bohêmes-)

"Quand Utrillo peignait, rien n'avait d'importance sinon l'oeuvre en cours. Il ne songeait ni à boire ni à manger .../... Il détestait peindre à l'extérieur. Le regard d'autrui lui pesait comme une lourde indiscrétion. Pour ne pas être épié, il s'appuyait à un mur. Et quand on insistait, il se tournait vers l'importun, qui finissait par fuir sous l'insulte et la colère". C'est sans doute ce qui explique qu'il ne peignait plus que d'après des cartes postales.
Je ne peux m'empêcher de penser à certains jeunes qui ont bien du mal à regarder ce qu'ils viennent d'écrire mais qui surtout s'inquiètent du regard de l'autre posé sur eux...

L'écriture, tout comme la peinture est aussi une question de regard. Elle est aussi un magma qui s'écoule -plus ou moins- chargé de toutes les émotions.

On retrouve chez Utrillo une exigence maladive : tout doit être parfait et représenté... On n'est pas loin de ces enfants qui s'appliquent, la main crispée sur le crayon, à réaliser chaque lettre parfaitement et ne pouvant ainsi écrire plus vite tant ils sont engagés dans l'écriture : de tout leur coeur et de tout leur corps.

En parlant d'Utrillo, on peut lire dans l'ouvrage de Dan Frank un témoignage d'un ami : "jamais sa production ne lui semble assez fidèle. Il compte les rangées de pierres, couvre soigneusement les toits, ravale les façades. Pour rendre la couleur, il écrase ses tubes et rage de ne pas trouver le bon. "Elles ne sont pas en blanc d'argent, les façades, hein? Ni en blanc de zinc... Elles sont en plâtre..." Il veut obtenir le même blanc crayeux. L'idée baroque lui vient ainsi de peindre les maisons avec un mélange de colle et de plâtre qu'il applique au couteau."

Tout est dit.

5 août 2016 5 05 /08 /août /2016 16:23
photo Quentin Berthoux

photo Quentin Berthoux

Le mot vacances rime aussi avec le mot -cahier de vacances- c'est-à-dire travail : exercices, lecture, écriture, dictée, etc... Les enfants n'y échappent pas même si les fameux cahiers de vacances sont plus sympas que ceux auxquels nous avons eu droit!

Ils sont assis sur un rocher et entre deux baignades et jeux on devine que le père a réussi a chopé son gamin pour un "petit exercice"... Le petit est résigné et s'y colle sans trop rechigner puis au bout d'un moment, j'entends : "c'est mieux avec maman!!". La grand-mère le console et regarde le cahier de vacances : "ah! mais qu'est-ce que tu écris bien!"... Je pense à tous ceux que je vois ou que je verrai à la rentrée et qui ont tant de mal à bien écrire.

Certains, c'est que raconte leur maman, écrivent très bien -que lorsqu'elle reste près d'eux-... Tiens, tiens... Sous le regard de leur mère ils s'appliquent et offrent leurs lignes bien écrites comme un cadeau, cadeau qu'elle semble attendre, espérer, et parfois même exiger et c'est aussi ce qui peut en freiner d'autres : "cette anticipation de ce qui doit être écrit qui freine l'élan à écrire".
Pour écrire vite et bien, il est nécessaire d'avoir le corps libre, de le laisser faire sans contrainte presqu'avec plaisir et volupté.
On oublie toujours que les apprentissages, c'est compliqué pour des enfants plus sensibles, plus anxieux que d'autres. En septembre, ce sera la rentrée et bien des écoliers franchiront le seuil de la "grande école" pour la première fois ; les choses sérieuses vont commencer!

Un petit enfant qui entre à la grande école rentre dans le langage écrit et c'est comme ça et pas autrement... Nulle liberté de refuser ou de dire "c'est trop tôt! je ne suis pas prêt!".

Je suis toujours amusée par les réponses des très jeunes concernant les apprentissages = "c'est mieux à la maison!" ; -tu travailles seul? ... "nooooon! avec môman!!" disent-ils la bouche en coeur. Tout est dit!!

Et alors? tout pourrait être idyllique... eh bien non parce que les mamans, elles, disent que c'est le bazar de faire travailler leur rejeton : "il n'en fait qu'à sa tête et de toutes façons j'ai toujours tort, la maîtresse sait mieux que moi et explique mieux! il me fait tourner en bourrique!"

Que c'est compliqué! et c'est pourtant là la clef de la difficulté à écrire vite et bien... Trouver la bonne distance encore et toujours.
Car c'est bien tout le corps de l'enfant qui entre dans l'écriture avec sa force, son envie, ses émotions ; "c'est un corps engagé dans une trace, dans une trace de l'être (de lettre)?" (J.Bergès)

La main, voire tout le bras semble s'enrayer à l'idée même de laisser une trace sur le cahier ; c'est que pour écrire il faut aussi accepter la règle alphabétique : une lettre se trace de telle ou de telle façon ; un o pas fermé n'est plus un "o", un "l" sans hampe ou un f sans jambage, ce n'est pas possible. On n'écrit pas au petit bonheur la chance ; l'écriture oblige à être précis et à ne pas rester dans le flou, l'incertain. On ne joue pas! et c'est aussi toute la difficulté à entrer à la grande école ; il va falloir renoncer aux jeux et accepter la contrainte... la contrainte de bien former ses lettres pour être lisible et pour que les autres puissent comprendre ce qui est écrit.

C'est vrai... parfois, c'est mieux avec maman! et c'est pourquoi il est si difficile d'écrire pour certains enfants.

31 juillet 2016 7 31 /07 /juillet /2016 08:51
abandonner ses préoccupations...

Rien que le mot "vacances" induit l'abandon des préoccupations habituelles ; vacances = bien être avec à la clef, selon les tempéraments : détente, activités diverses et variées, fêtes, sorties etc... Pour certains, c'est être là... et ne former aucun projet, juste se reposer : vacances = plaisir avant tout. Le corps et la pensée flottent sans contrainte un peu comme les grands laminaires qui se balancent au gré du mouvement de la houle.

Et puis il y a ceux qui n'arrivent pas à modifier quoi que ce soit de leurs mauvaises habitudes. Au long des jours et des années, coincés dans des stéréotypes, des marqueurs anciens, ils ressassent à tout propos : mêmes plaintes, mêmes mots et maux... un moulin à prières qui les fait souffrir et fait souffrir leur entourage.

Comment est-ce possible? comment pourraient-ils mettre un terme provisoire ou définitif à leurs sempiternelles pensées négatives, à leurs actes inadaptés ou adaptés à un système de penser bien ficelé certes mais faux??

Parfois les vacances ne changent rien à l'affaire ; impossible de suspendre le processus car impossible d'inverser la vapeur : sur quoi prendraient-ils appui? On peut être confronté à l'absurdité d'un tel comportement qui ne voit rien, n'entend rien et ne sent rien. Il m'arrive, hors activité professionnelle, d'être simple spectatrice et de regarder autour de moi. Il y a des individus qui ne peuvent accéder à un minimum de détente ; rien ne peut venir à bout des difficultés de fond, voire de tréfonds!

C'est un peu comme dans le travail du thérapeute : il est bon d'être indifférent au résultat et se préparer à recevoir un succès ou un échec!

La vie improvise chaque jour. "La mer est bleue" disait le petit garçon en arrivant à la plage... Le bleu couleur fascinante. Chez Chagall il se décline à l'infini : bleu de cobalt, indigo, bleu de Prusse, bleu turquoise, bleu caeruleum... A Landerneau on peut abandonner ses préoccupations pour aller contempler l'oeuvre du peintre Marc Chagall "Chagall, de la poésie à la peinture", tout son univers est là, de la Maison bleue à Bella sur le pont... Cesser de réfléchir pour regarder!

27 juillet 2016 3 27 /07 /juillet /2016 15:36
maman! la mer est bleue...
maman! la mer est bleue...

"maman, maman, la mer est bleueeeee"

-ah non... aujourd'hui elle est verte mon chéri!

-mais non! la mer, c'est bleu!

Alors? bleue, verte?

(---) avant que ne s'évanouissent dans l'éternité du silence les couleurs mêmes de nos souvenirs.

(Gérard de Nerval)

Yves Klein évoque merveilleusement bien les couleurs : "pour moi les couleurs sont des êtres vivants (...), les véritables habitants de l'espace. La ligne, elle, ne fait que le parcourir, que voyager au travers. Elle ne fait que passer".

Lorsque l'on peint en atelier il est toujours amusant de jeter un coup d'oeil sur la toile de l'autre! pour le même modèle que de versions différentes, que de teintes déclinées selon le caractère, le tempérament ou l'état émotionnel du peintre. Certains ne jurent que par le blanc, le noir, le gris ; d'autres restent monochromes et enfin il y a ceux qui jonglent avec des tons vifs, crus, feu d'artifice dans les tubes! palette infinie ou les couleurs jouent entre elles.

Color en latin vient du verbe "celare" = cacher, envelopper, dissimuler ; la couleur serait alors une forme de maquillage, un habit de lumière ou un écran de brume. En grec, on dit : khrôma ; l'origine du mot vient de khrôs qui signifie "peau". La couleur est sans doute une peau qui frémit sur la toile et renvoie à celui qui la regarde les émotions de son auteur. La couleur est matière ; elle est lumière, elle peut même être sensation.

Le blanc, le rouge et le noir ont eu l'exclusivité jusqu'au Moyen-Age puis le vert, le jaune et le bleu sont venus en renfort sans compter toutes les couleurs complémentaires!

Alors? bleue ou verte? Il y a bien longtemps on ne parlait pas d'une couleur en particulier surtout du bleu qui restait une couleur difficile à nommer ; c'est anecdotique mais dans un ouvrage sur l'histoire des couleurs Michel Pastoureau s'est demandé si, par exemple les grecs n'étaient pas aveugles ou daltoniens! Ils auraient eu bien du mal à décrire la mer et à se demander si elle était plutôt bleue ou plutôt verte! On a même dit dans la Rome antique que le bleu était la couleur des barbares, des celtes... La boucle est bouclée! En Bretagne la mer se pare de tous les bleus et d'une gamme infinie de verts : foncés ou clairs et de gris houleux mais aussi de teintes dignes des mers du sud.

21 juillet 2016 4 21 /07 /juillet /2016 09:37
quand laisser faire est le meilleur parti!

Brève de plage!

Les scènettes de plage sont toujours amusantes et parfois édifiantes ; on imagine aisément le quotidien à la maison! A regarder le comportement des enfants entre eux on apprend beaucoup ; il y a ceux qui vont d'emblée vers les autres et établissent un contact naturel, circonstancié ou plus enthousiaste ; d'autres prennent la tête et jouent au chef! Certains passent en force et enfin il y a ceux qui intimidés ou mal à l'aise optent pour l'aventure : seuls!

Mais voilà, lorsque l'on a 2, 3, 4 ou 6 ans, ou un peu plus, on n'est guère libre de ses mouvements et de ses choix. La plage est souvent source de heurts plus ou moins frontaux.. Les "NON!" résonnent plus que les "oui"...

Chez les parents, il en va de même!

Le petit découvreur non loin de moi, est en plein repérage "rochers" ; il a approximativement 2 ans et se régale des yeux avant de passer à l'attaque! sur lequel va-t-il grimper?? que c'est excitant... La maman est prudente mais le laisse aborder l'obstacle avec amusement et bienveillance ; ce n'est pas le cas du père, visiblement très inquiet... Il se lève d'un bond et hurle : "mais enfin! tu ne vois pas qu'il risque de tomber"!! le pauvre loulou n'a pas eu le temps de partir à la conquête de son Everest qu'il se voit déjà embarqué dans les airs par les bras vigoureux de son papa... quel désappointement... Résultat : il hurle son indignation et sa maman vient à son secours = scène de ménage où en quelques minutes on nage en pleine confusion... Le père est sans nul doute un hyper-anxieux qui a l'habitude d'avoir le dernier mot... Le drame n'est pas loin et l'engueulade tombe comme un "grain" breton. Sur la plage, tout le monde participe, hélas. Le ton est accusateur à l'égard de la mère : "tu ne sais pas faire... si tu veux que je t'explique comment éduquer un enfant puisque tu ne sais pas... etc, etc...". Il y a longtemps que le gamin a changé de jeu! seuls ses parents s'invectivent, jeu sans doute bien rôdé entre eux.

Pour certains, laisser faire et simplement regarder est vraiment un acte impossible. De même que souvent ils ne peuvent accepter d'attendre : c'est tout de suite. J'ai le souvenir d'un père très stressé, toujours sur le qui-vive, vérifiant tout et ne faisant confiance à personne. La vie n'était pour lui que source de tracas, de trahison ou d'actes malveillants. Il terrorisait sa famille rabaissant chaque membre pour mieux montrer qu'il était le seul à même d'avoir un bon jugement et de bonnes idées, bref, il était le seul à détenir la vérite ; le souci c'est que son jugement était faux mais il se débattait à coups d'arguments usant jusqu'à la corde sa compagne et ses enfants. Sa croyance sans doute née il y a fort longtemps reposait sur l'évidence, tôt ou tard d'un "drame familial"... Mais le seul constat était que le "drame familial" c'était lui.

Les croyances naissent de ce que l'on n'a pas compris, ni analysé. Lorsque l'on se penche sur le problème (pour cela il faut accepter de demander de l'aide) on s'aperçoit que l'on n'a pas eu toutes les cartes en mains!

Je constate très souvent auprès de mes jeunes patients et de leurs parents que l'on va mal dès lors que nous ne voyons pas, que nous n'entendons pas et que nous ne sentons pas. C'est pour cela qu'il est nécessaire de laisser venir à nous notre environnement ; de nous immerger en ouvrant les portes pour redécouvrir le sentir et par conséquent se reconnecter à la vie. Les petits le savent d'emblée et naturellement mais l'éducation passe par là et brouille le jeu... Milton Erickson l'a merveilleusement mis en évidence au cours de sa vie ; dans mon travail thérapeutique via la relaxation je vérifie tout le temps l'importance de la relation en lien avec nos sens.

Oui, parfois il est vraiment nécessaire de laisser faire...

16 juillet 2016 6 16 /07 /juillet /2016 07:53
il fait son cinéma...

Brève de plage!

La plage est un terrain de jeux pour les enfants ; c'est aussi une -scène-, un théâtre où se jouent tous les scénarii de l'année scolaire avec commentaires des grands-parents, aux premières loges en cette période d'été et des parents en vacances.

Je vois un gamin qui s'agite, gesticule en faisant de grands moulinets avec ses bras, visiblement le centre d'intérêt d'un petit groupe pâmé. L'orateur les tient en haleine ; certains semblent tout gober, d'autres rigolent mais hésitent malgré tout : et s'il disait vrai???

La grand-mère qui marche devant moi plaisante avec une amie : "ah celui-là... il ne peut pas s'empêcher de faire son cinéma... on dirait qu'il se moque de tout! pourtant avec les ennuis qu'ont eu ses parents il pourrait faire un effort! c'est comme s'il s'en fichait!".

Je ne sais pas "les ennuis" qu'ont eu les parents et après tout quelle importance! Ce qui m'interpelle c'est l'idée que le petit "fasse son cinéma". Je vois souvent, parmi mes patients, des gamins qui racontent des histoires pas possibles et je ne peux que dire : "mais qu'est-ce que tu racontes là?"...

C'est qu'avec nos mots, nos petites histoires nous pouvons contourner un problème, le transformer ; une petite histoire peut combler un vide ou masquer l'incompréhension d'une situation ; elle peut aussi camoufler la peur. Certains s'inventent des frères qu'ils n'ont pas ou des parents célèbres ; d'autres confient qu'ils sont seuls à la maison... tout le temps!! Je me rappelle un petit garçon qui évoquait son papa chasseur d'ours au pôle nord et un autre qui avait délibérément envoyé le sien en prison!! Certains bien sûr racontent des bobards et d'autres glissent des réalités dans des récits qui eux sont cousus de toutes pièces.

Le petit loulou qui harangue ses copains sur la plage leur fait un récit homérique d'aventures sans doute irréelles ou pas. Quoi qu'il en soit raconter une histoire lui permet, aux dires de la grand-mère, d'oublier les tracas de ses parents. Alors il bricole à sa façon et s'invente en images une épopée rocambolesque ; qu'importe qu'il soit triste ou joyeux, le récit est là partiellement vrai ou totalement faux.

Lorsqu'en consultation des parents disent : il raconte n'importe quoi, faites attention! c'est un menteur ou un bluffeur... je me dis que chaque évènement, chaque bouleversement, ou chaque période sensible peut être prétexte à construire un récit imaginaire à partir de morceaux qui ont du sens.

Après tout... pourrions-nous vivre sans histoires? De tous temps les mots ont réchauffé le coeur des hommes, depuis la découverte du feu et des premiers récits de nos ancêtres.

12 juillet 2016 2 12 /07 /juillet /2016 16:39
n'écrit pas et parle peu...

Brève de plage!

"allez, allez... on se dépêche... tu as tes devoirs de vacances ma chérie..." et cette mamy d'ajouter en parlant tout bas : -vous comprenez, c'est bizarre... elle n'arrive pas à écrire! c'est illisible et puis... elle ne dit rien! le strict minimum, un mot ou deux... ah! elle ne nous saoule pas pendant les vacances!!".

'Il y a des enfants qui peinent à être lisible et jongle avec les lettres comme si elles sortaient d'un chapeau ; curieusement ils restent aussi muets, ce qui amène les parents à consulter un orl en urgence puis une orthophoniste et enfin rassurés sur les capacités de leur enfant, ils se tournent alors vers la graphothérapie.

Pourtant on peut s'interroger sur l'origine de ces difficultés ; en effet la plupart du temps si la main rechigne à écrire, la bouche, elle, se fait une joie d'être en activité et nos piètres scripteurs se métamorphosent en redoutable tribun!

Parmi mes patients j'ai rencontré des enfants qui parlaient avec parcimonie ; aucun trouble du langage sinon qu'ils semblaient utiliser les mots presque avec regret comme si chaque mot lâché était une perte irremplaçable.

Stupéfaite par des phrases aussi courtes et des mots projectiles envoyés d'un lance pierres imaginaire, je m'étais risquée un jour à poser la question : "pourquoi utilises-tu aussi peu de mots?.

La réponse était tombée lapidaire... "c'est suffisant"...

En réalité, entre chaque mot, il faisait des pauses interminables, non pas pour reprendre son souffle mais pour réfléchir à la bonne utilisation, au bon choix, au "bon mot" et cela prenait du temps, autant que pour écrire ou chaque lettre était passée au crible de son jugement et de ses exigences.

Un jour, après quelques mois de thérapie il se confia : "j'aimerais tellement qu'autour de moi on se taise!".

Etait-ce sa façon à lui de dire stop aux éternelles prises de bec de ses parents? avait-il choisi ce moyen d'expression pour oublier combien sa mère parlait vite, sans respiration, les mots éjectés comme les balles d'une mitraillette? et combien son père ressassait chaque mot toujours en quête de précision et de justesse... Je crois que le gamin en avait raz le bol et c'était un moyen de protéger son périmètre, son intimité et surtout de ne pas être le centre d'intérêt de deux parents jamais d'accord sur quoi que ce soit.

L'anxiété ralentissait sa main et seule l'écriture montrait la souffrance de l'enfant... on s'étonnait simplement qu'il soit si peu bavard... Ses mots comme les lettres écrites, les phrases n'étaient pas tout à fait langage car le langage qui oublie le corps et ses perceptions n'est pas un vrai langage. L'inconvénient n'était pas qu'il soit "muet" mais plutôt que les mots retenus empêchaient son épanouissement tout comme les mots froissés, crispés dans la main rendaient l'écriture impossible;

Parfois il est nécessaire de confier les mots au silence afin de mieux sentir ce qui se passe dans le corps.

6 juillet 2016 3 06 /07 /juillet /2016 06:05
Cézanne

Cézanne

L'été est enfin là! lumière et soleil sont au rendez-vous et je quitte un peu la "trace" de mes jeunes patients pour la peinture.

Certains, parmi eux, dessinent très bien et il leur arrive aussi de se débrouiller en peinture ; c'est que tout cela est bien différent de l'écriture!

Peindre apaise, une fois l'excitation passée : trouver l'endroit adéquat pour s'installer en extérieur, se réjouir de la lumière ou du motif. Toutes les montagnes russes de notre mental (qui s'en sont données à coeur joie pendant l'année!) usent, fatiguent comme si l'on était tombé dans le tambour d'une machine à laver sur la position -essorage-!

Si j'ai l'habitude de dire à mes patients que "chaque pas compte" pour avancer vers l'apaisement. Inutile de tirer à hue et à dia! toucher du doigt la sensation du relâchement est plus jubilatoire.

Ces gamins, je les vois tout au long de l'année trépigner d'impatience et "forcer" dans tous les sens pour conserver le contrôle. Pourtant, lorsque la voie est libre, c'est là qu'ils pourraient "foncer"... et RIEN...

J'aimerais pouvoir leur demander de se préparer un dossier R.A.F pendant les vacances (dossier "rien à foutre" comme le dit joliment Alexandre Jollien) ; un dossier pour y ranger tout ce qui tracasse, angoisse parfois pour pas grand chose, les péripéties du trois fois rien qui pèsent cependant si lourd.

J'aimerais aussi qu'ils prennent conscience que les émotions ne sont pas uniquement dévastatrices ; qu'elles ne sont pas que négatives : peur, colère... elles peuvent aussi être fabuleuses comme la joie, l'amour et surtout elles peuvent permettre de dire "stop" à tout ce qui harcèle, inquiète et empêche d'être à l'aise dans sa tête et son corps.

La liberté n'est pas l'individualisme si cher à notre société ; c'est bien autre chose. Ce matin, alors que j'allais m'installer -avec tout le barda-! (chevalet, table, sacs++, toiles et casse-croûte) pour peindre un paysage typique des bords du Loing, quelle n'est pas été ma surprise d'entendre un promeneur me dire : "bon courage!" ; certes, c'est toute une affaire de se traîner avec le matériel nécessaire, de trouver le bon endroit et de s'y rendre, la voiture n'étant pas nécessairement garée au plus près! En bord de mer, c'est même une véritable équipée et le tour n'est joué qu'en au moins 2 ou 3 allers-retours. Il ne s'agit pas là de "courage" mais bel et bien de liberté! Liberté de faire ce que l'on aime, d'échanger avec les autres, de retrouver un atelier de peinture, d'observer l'autre : chacun a sa "patte", sa façon de traiter un tableau ; c'est aussi se libérer des tracas du quotidien par l'attention en étant présent à ce que l'on fait, encore plus lorsque l'on y trouve du plaisir.

2 juillet 2016 6 02 /07 /juillet /2016 10:48
laisser -reposer- doucement...

Il faut savoir attendre et parfois la période des vacances est un moment privilégié où le travail thérapeutique engagé tout au long de l'année scolaire peut aussi se décanter et où il peut s'opérer un changement durant ces deux mois d'été.

Pendant des mois, avec le patient, nous avons tourné et contourné les tensions, l'inquiétude cherchant ainsi une voie de passage. Le corps s'est dévoilé, la souffrance aussi... petit à petit.
C'est le patient qui fait le travail : au début il s'agite sur son fauteuil, ne tient pas en place, se tord dans tous les sens ou s'écroule sur la table, se lève, s'installe de 3/4 voire de dos! à la recherche de la -juste place- ; ce n'est que peu à peu qu'il va ajuster la posture, en lien avec l'émotionnel et en calibrant les tensions dans les muscles noués. Ce n'est qu'à son rythme qu'il va accéder aux tracés.

On ne va pas se voir pendant deux mois ; pour certains, c'est long, trop long ; les questions fusent : "vous serez où? moi je vais chez mes grands parents... vous serez dans votre bureau? vous penserez à moi? vous n'allez pas m'oubliez quand même!"... L'attachement est toujours menacé par la séparation.

Parfois le travail entrepris est presque achevé, pour d'autres, non, ce n'est pas encore le moment. Je m'interroge sur certains : que vont-ils devenir à la rentrée? vais-je les revoir? Un patient, quel que soit son âge peut toujours renoncer à aller mieux s'il l'a décidé ; impossible de se substituer à lui. C'est son choix et il faut l'accepter.

La graphothérapie-clinique est très respectueuse de l'intimité du patient ; d'une part parce que les jeunes que l'on voit pour un problème d'écriture sont beaucoup plus soucieux que les autres -ceux qui ne souffrent pas- du regard qu'on leur porte ainsi que des jugements que l'on peut avoir les concernant ; ils détestent l'intrusion et ne se confient que s'ils le souhaitent. Nulle question dans notre travail qui ne vienne les heurter ou mettre à l'épreuve leurs défenses. Il faut savoir demeurer au seuil de la porte et attendre une invitation à entrer... elle peut ne pas venir.

L'objectif est plus de "réveiller" que de guérir : mener une personne qui souffre vers le changement -avec son accord-. Changer?? c'est quoi? Je crois que c'est avant tout comprendre comment on fonctionne, quelles interactions on met en place avec soi et avec les autres. L'écriture étant un mode de communication il s'agit dans le cadre de notre travail de retrouver un meilleur relationnel. Ce changement est nécessaire, voire vital, dès lors qu'un patient souffre, souffre trop et le prive de réussite dans, par exemple, ses réalisations scolaires ou ses apprentissages, ou bien qu'il est gêné par des sautes d'humeur, de la tristesse, une déprime anesthésiante ou des colères dévastatrices. Quand trop, c'est trop.

Changer, ce n'est pas facile, dit cet adolescent. Oui, c'est vrai. Il faut accepter d'être différent, accepter de se lancer dans la vie, de ne plus tout maîtriser ; accepter que rien ne soit figé, que tout puisse être sans cesse en mouvement et mobile... Perdre la maîtrise est sans doute le plus inquiétant!

Le lâcher prise commence bien souvent par le laisser se faire... et c'est très compliqué pour mes jeunes patients.C'est pourtant le début de la liberté!

"La liberté est identique à l'amour, qui dans sa nature véritable, est responsable envers la fleur au bord de la route comme envers le voisin, que ce voisin soit là, tout près ou à des milliers de kilomètres" (Krishnamurti)

1 juillet 2016 5 01 /07 /juillet /2016 08:02
l'intranquillité

J'ose espérer qu'en ce début de vacances mes jeunes patients pourront se ressourcer, se détendre et mettre de côté l'intranquillité qui les emplit de crainte et d'inquiétude face aux changements, à la nouveauté, et à ce qu'ils ne contrôlent pas encore!

Le monde scolaire voire l'environnement dans lequel nous baignons privilégie le plaisir de penser, de rencontrer, de remettre en cause, de questionner, de douter, d'anticiper... et tout cela crée bien plus d'anxiété chez des patients qui raisonnent davantage en : bon/mauvais, blanc/noir, vrai/faux... Difficile d'être tranquille dans sa tête et son corps lorsqu'en permanence on côtoie plus la défiance que la confiance! La confiance est pourtant un tranquillisant naturel!

En face de moi, il s'agite visiblement inquiet ; pourtant tout va bien! Dernier jour de collège et départ imminent pour un pays qu'il rêve de visiter depuis longtemps... Il s'en réjouit depuis des mois! et patatra..." Et si le pilote de l'avion avait une défaillance??? et s'il y avait un attentat? et si j'avais une gastro le jour de l'embarquement??" C'est déjà un cauchemar.

Le fondement de la confiance est l'attachement, il n'y a qu'à lire Boris Cyrulnik (entre autres) pour comprendre l'enjeu que cela représente. Dès le début de la vie, c'est vital pour le nourrisson puis pour le petit enfant, ce besoin de se nicher, de s'en remettre à maman. C'est là qu'il va construire sa sécurité. Mais voilà il va grandir et par conséquent remettre en question cette sécurité pour aller son propre chemin et se distancier de ses parents.

Il y a des familles où l'on privilégie la confiance, d'emblée et d'autres où l'on fonctionne plus avec défiance, où l'on a peur de tout, où l'on est "speed" tout le temps et ce n'est pas la recette idéale pour se sentir confiant et prendre le temps de respirer... -Dépêche-toi de te lever, dépêche-toi de prendre ton petit déjeuner, dépêche-toi d'aller en cours, dépêche-toi, dépêche-toi... sans cesse ; un vrai sirop anti-tranquillité dont on prend 3 bonnes cuillerées à soupe chaque jour ;" c'est toujours le sprint chez nous! "dit cet adolescent, tout en se bouffant les doigts!

Très tôt le matin il m'arrive de croiser un père ou une mère qui court déposer le petit à peine éveillé chez la nounou ou à la crèche ; leurs petites jambes ont souvent peine à suivre le rythme imposé mais c'est ainsi, il faut se presser pour ne pas louper son train ou son bus... Le soir on file le récupérer à la hâte et c'est reparti pour un tour! avec en prime peut-être un "dépêche-toi de t'endormir!!".

Lorsque j'emploie le mot "sécurité" il arrive que les jeunes répliquent : -sécurité? c'est quoi?? faire attention avant de traverser???

Quelle folie! L'école est aussi un lieu de stress ou pire d'ennui et pourtant quoi qu'on en dise les enfants ne sont pas si nuls que cela même si certains enseignements ne leur parlent plus de tout ; ils savent des choses que nous ne savions pas à leur âge.

J'espère que les vacances d'été vont être bénéfiques pour beaucoup ; un souffle de tranquillité, d'aventure, de détente... Pour certains prendre le risque de sortir de leur coquille et jeter un oeil à leur environnement! deux mois, ce n'est pas si long que cela!

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De la trace écrite à la peinture à l'huile...

 

Tous les chemins pour accéder à un geste plus libre...

 

Qu'est-ce que cela veut dire :  être dysgraphique??


Mon cheminement prend racine dans mon expérience de "graphothérapeute-clinicienne" à travers l'approche quotidienne du corps de mes jeunes patients qui souffrent de mal écrire.Tout comme l'écriture, la peinture passe aussi par le corps ; du regard à la main.

Je peins depuis que je suis enfant, attirée par les traces de toutes sortes : traces d'écriture, de dessin, de pastels, d'aquarelles ou d'encres.

C'est à travers un dédale d'expériences personnelles et thérapeutiques que je me suis "lancée".
Ma démarche est celle d'une promeneuse solitaire qui s'émerveille des paysages de mer : de Bretagne, d'outre-mer ou d'ailleurs.                                    

Le Finistère Nord est mon terrain de jeu, ma boîte de couleurs : de Brest à Carantec, de Morgat aux Abers, de Brignogan à Roscoff ; c'est là que je me ressource et découvre toujours de nouvelles teintes, de nouvelles lumières comme si je les découvrais pour la première fois.
Regarder est si difficile...

 

J'ai créé ce blog pour partager mes réflexions et des instants de ma vie de thérapeute et de peintre.

Quoi qu'il arrive, penser que nous sommes toujours en transition, en devenir, pourrait nous fournir une capacité à rebondir extraordinaire.

"Etre créatif, c'est avoir le sentiment que la vie vaut la peine d'être vécue" (D.Winicott)

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à maux couverts

Cette page -référencée- dans les articles vous permet de poser des questions sur tout ce qui de près ou de loin a trait à l'écriture : apprentissage dès le cp, problèmes rencontrés, tous les "dys" : dysgraphie, dyspraxie, dysorthographie, dyslexie ; les troubles de l'écriture : écriture trop lente, illisible, saccadée, sale avec des ratures, des lettres oubliées, écriture trop grosse, trop petite, etc...

Il vous suffit d'ajouter un commentaire en bas de cette page.

Je vous répondrai dans la mesure de mes compétences.

N'hésitez pas à me faire part de vos interrogations, vos expériences personnelles, celle de vos enfants, de vos remarques concernant les sujets que j'évoque dans ce blog.

* Merci de ne pas faire de copier/coller de mes textes sur vos blogs. Demandez-moi!

* Toutes les vignettes cliniques parlent de patients "fictifs" bien sûr et de situations choisies sans lien particulier avec telle ou telle personne. Le travail thérapeutique est strictement confidentiel.