Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 13:31
parents, dites ce que vous pensez...

Parents, dites ce que vous pensez et non ce que l'on veut que vous pensiez. Difficile parfois de -défendre- son enfant en difficulté à l'école. Bien des parents prennent soin de consulter dès lors que leur enfant rencontre des soucis face aux apprentissages. Ils entament alors un long parcours de consultations... tout en faisant face aux demandes de plus en plus pressantes de l'école.

Il est nécessaire de construire des ponts entre savoirs scolaires et vie familiale. S'il arrive que des enseignants se sentent incompris des parents, l'inverse existe aussi et je rencontre souvent des parents bafoués par l'école, dont le sens des responsabilités est mis en cause alors qu'ils font de leur mieux pour se faire entendre. L'école n'entend pas toujours l'histoire des enfants qu'on lui confie, ni celle de ses parents. Il faut suivre le mouvement, sinon on est perdu à jamais!

Récemment, alors que les parents d'un élève en grande difficulté envisageaient un redoublement pour leur enfant afin de lui laisser plus de temps pour se remettre à flots, l'école leur a fait cette réponse ô combien étrange... "on ne fait pas redoubler un enfant qui ne veut pas apprendre...". L'enfant en question est encore au primaire et tente tant bien que mal, soutenu par ses parents et un travail thérapeutique approprié de s'en sortir : il n'a besoin que d'une chose : qu'on lui fasse confiance et qu'on le soutienne. Ses difficultés ne sont pas en lien avec un déficit intellectuel, bien au contraire, mais reflètent une souffrance psychique qui a besoin de temps pour prendre sens et s'exprimer d'une toute autre façon que le refus scolaire.

Des parents ont parfois bien du mal à résister à la désespérance... celle de ne pas être entendus ni compris, coincés entre la pression scolaire et la crainte de mal faire. Je vois des mères dans une grande solitude face au jugement d'enseignants peu ouverts au dialogue qui ne veulent imposer qu'un "protocole" = c'est comme ça et pas autrement!

Un exemple ; certains professeurs qui ne connaissent nullement le travail pratiqué en graphothérapie clinique s'obstinent à ne préconiser qu'une prise en charge en orthophonie ou en psychomotricité pour une demande d'aide à l'écriture! Bien souvent, tout le monde perd du temps et de l'argent et l'enfant n'avance pas : il écrit toujours mal et finit par être vraiment démotivé et fatigué.

On enferme les enfants en difficulté dans de petites loges, on les déclare définitivement "handicapés", peu aptes aux études, insolents, flemmards ou non intéressés par les apprentissages! Quelle drôle d'idée de vouloir loger les gamins dans des cases qui les privent de toute autonomie de pensée et d'action et plongent leurs parents dans l'impuissance ou la rébellion face à un système bancal.

Imagine-t-on que les enfants qui bloquent dans les apprentissages n'ont aucune curiosité, aucune envie de savoir?? Détrompez-vous, c'est tout le contraire. Bien des élèves brûlent d'envie d'apprendre mais on n'obtient pas tout, tout de suite et ça, c'est compliqué pour eux. Bizarrement c'est le même phénomène chez les enseignants : il faudrait qu'un jeune qui souffre aille mieux tout de suite! Cela n'a pas de sens.

Un enfant ne refuse ni de lire, ni d'écrire uniquement par incompétence ou par manque d'envie. De même on peut avoir des difficultés à la lecture et ne pas être dyslexique... A force de vouloir obtenir des progrès rapidement on en oublie le sens de l'effort, la nécessité de faire sens, d'avoir du temps et de prendre de la distance. Il en va de même de l'écriture : "lorsque vous écrivez, vous mettez votre main en liberté surveillée. Elle a le droit à des variations et à des fantaisies, mais elle doit soigneusement rester dans les limites au-delà desquelles la forme personnelle que vous avez donnée à une lettre risquerait de conduire votre lecteur vers une autre lettre et un autre son"...(A. Bentolila) Bref, une écriture singulière certes mais compréhensible, lisible = un moyen de communication qui respecte des codes et un ordre. Une trace superbe ou médiocre, belle à regarder ou peu présentable, qu'importe... le plus important est que c'est votre écriture.

Repost 0
22 février 2017 3 22 /02 /février /2017 08:52
illustration de Norman Rockwell

illustration de Norman Rockwell

A l'heure où l'on parle du retour de l'uniforme à l'école, voici une petite histoire qui en dit long...

Histoire du tablier de grand-mère

"Je crois que les jeunes d'aujourd'hui ignorent ce qu'est un tablier... Vous souvenez-vous du tablier de votre grand-mère?

Les mères et les grands-mères portaient un tablier par-dessus leurs robes pour les protéger car elles n'en avaient que quelques unes seulement. En fait, il était beaucoup plus facile de laver le tablier que la robe.

L'usage principal du tablier de grand-mère était donc de protéger la robe mais en plus de cela, il servait de gant pour retirer un plat brûlant du four, bien avant l'invention des "mitaines à fourneau".

Il était merveilleux pour essuyer les larmes des enfants et, à certaines occasions pour nettoyer les frimousses sales.

Depuis le poulailler, le tablier servait à transporter les oeufs, les poussins à réanimer, et parfois les oeufs à moitié éclos, que maman déposait dans un fourneau tiède afin de faciliter leur éclosion.

Quand il y avait de la visite, le tablier servait d'abri aux enfants timides ; d'où l'expression "se cacher dans les jupons de sa mère".

Par temps frais, maman le relevait pour s'y emmitoufler les bras et les épaules ; par temps chaud, alors qu'elle cuisinait devant le poêle à bois, elle y épongeait la sueur de son front.

Ce bon vieux tablier faisait aussi office de soufflet, alors qu'elle l'agitait au-dessus du feu de bois pour le ranimer.

C'est lui qui servait aussi à transbahuter pommes de terre et bois sec jusque dans la cuisine.

Depuis le potager, il servait de panier pour de nombreux légumes ; grand-mère s'en servait aussi pour casser les noix et séparer les petits pois de leur chambre verte.

A l'automne le tablier était utilisé pour ramasser les pommes tombées de l'arbre.
Quand les visiteurs arrivaient à l'improviste, c'était surprenant de voir avec quelle rapidité ce vieux tablier pouvait faire la poussière.

A l'heure du repas, grand-mère allait sur le perron agiter son tablier, c'était signe que le dîner était prêt et les hommes aux champs savaient qu'ils devaient passer à table.
Grand-mère l'utilisait aussi pour sortir la tarte aux pommes du four et la poser sur le rebord de la fenêtre afin qu'elle refroidisse ; de nos jours sa petite-fille l'y pose aussi, mais pour la décongeler... autres temps, autres moeurs!

Il faudra bien de longues années, avant quelqu'un invente un vêtement qui puisse rivaliser avec ce bon vieux tablier utile à tant de choses.

Danger?

On deviendrait bien fou aujourd'hui rien que de songer à la quantité de microbes qui pouvaient s'accumuler sur le tablier en une seule journée!

En réalité, la seule chose que les enfants de l'époque aient attrapée au contact du tablier de maman ou de grand-maman, c'est de l'amour! Ce que mes souvenirs me laissent de plus précieux c'est l'amour qui émanait de ce tablier lorsque je serrais grand-mère avec force dans mes bras et qu'elle me caressait les cheveux en souriant. A cet instant je n'avais aucun souci quant à la saleté du tablier..."

(traduction et adaptation de "Faucon chercheur de vérité"

Repost 0
21 février 2017 2 21 /02 /février /2017 14:21
Henri Matisse "les poissons rouges"

Henri Matisse "les poissons rouges"

Les couleurs ne sont pas anodines et ce n'est pas par hasard si nous voyons "rouge", si nous sommes verts de peur et que la vie en rose n'est pas toujours au programme. Les couleurs en disent long sur nos ambivalences et les patients que je reçois pour un travail de graphothérapie sont aux premières loges!

Choisir une couleur plutôt qu'une autre est fréquent chez certains ; d'autres en revanche ne les voient pas et se cantonnent dans une gamme de teintes choisies, disent-ils, au hasard : celle-là ou une autre! qu'importe...

Il arrive que mes jeunes patients soient fantasques et les couleurs qu'ils choisissent aussi!. Les petits enfants nomment très vite les couleurs primaires. Le bleu, le rouge, le jaune, le vert ont souvent leur préférence ; le noir teinte l'humeur sombre et le blanc sert de "gomme" et tente d'annuler tout ce qui vient de se délier sur la feuille.

Le violet, le rose, l'orange, le gris sont souvent choisis et le marron reste à l'écart -sauf aussi les jours de cafard où il s'associe au vert/jaune pour laisser une trace "caca d'oie"!

Déjà voir la vie en couleurs, ce n'est pas si mal que cela ; pour certains cela reste difficilement accessible. Des séances entières resteront en demi-teintes, évanescentes, couleur poussière, couleur blues. Lorsque la couleur se révèle dans la trace laissée sur la feuille c'est presque comme un miroir magique

Les enfants qui sont hypertendus, agités, voire un brin agressifs voient très souvent "rouge". On ne fait pas dans la nuance, sauf peut-être avec l'orange qui peut se substituer au rouge. Le rouge est une couleur qui veut se faire voir, un brin insolente ; elle est aussi incandescente, tonique, chaude, enthousiaste. Dans l'antiquité c'était la seule couleur qui mérite le respect. L'art paléolithique utilisait déjà le rouge à partir de la terre ocre rouge ; ensuite on a exploité la garance ainsi que des métaux comme l'oxyde de fer (lire à ce sujet les ouvrages de Michel Pastoureau), le murex sur les bords de la Méditerranée, les cochenilles aussi.

Le rouge feu, c'est la vie, le mouvement voire l'emballement. Certaines feuilles se couvrent en épaisseur de traces flamboyantes. Au fil du temps les codes se sont inversés ; autrefois le bleu était une couleur plutôt féminine et le rouge couleur masculine ; à partir du XVI ème siècle on change et le bleu se conjugue au masculin et le rouge au féminin (cf les robes de mariées, rouges jusqu'au XIXème).
 

La couleur est thérapeutique. Elle peut apaiser, galvaniser, réveiller ; c'est un moyen de communication non verbal que nous associons directement au corporel, au pulsionnel. Elle s'associe à l'émotionnel et permet aux enfants ou aux adultes d'explorer ce qui les touche ou les trouble ; les couleurs mettent en lumière les souffrances ou les joies, la bonne humeur ou la tristesse, l'apathie ou l'envie d'être. Parfois c'est la couleur qui arrive en émissaire et permet de se frayer un passage vers un patient. Notre regard reste flottant ; la couleur n'est pas essentielle dans notre travail, juste un petit plus qui se révèle ou pas au cours d'une séance.

Repost 0
18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 08:19
série "anémones" (huile sur toile catdigue)

série "anémones" (huile sur toile catdigue)

L'écriture "va bien" dès qu'un enfant est prêt pour écrire, c'est-à-dire qu'il a du tonus qu'il enregistre bien les ordres de son cerveau et qu'il est confiant dans son coeur et dans sa tête. C'est à ce prix et dans ces conditions que son écriture va pouvoir aller son chemin sans claudiquer!

L'écriture se révèle dès le moment où affectivement aussi un petit a "tout en mains" = ni carences de tendresse ou de protection, ni handicap neurologique ou moteur. Il y a un âge pour se lancer en écriture.

Je pense qu'il est nécessaire de laisser un temps de découverte aux petits lorsqu'ils sont en maternelle : ne pas les presser, alors que ce n'est pas le bon moment pour commencer à écrire afin qu'ils soient plus vite -opérationnels- au primaire... La préparation à l'écriture doit rester ludique, entre les pots de peinture, les découpages, les comptines et les jeux. C'est encore le temps des petites histoires, de l'imaginaire, des dessins plus ou moins habiles grâce auxquels ils s'évadent dans leur petit monde. L'écriture se prépare doucement comme une graine pendant l'hiver. Elle ne peut pas encore éclore tout simplement parce que le geste de l'enfant n'est pas tout à fait bien maîtrisé et que ses repères dans l'espace restent encore flous. Patience. A la fin de la maternelle, il pourra reconnaitre les lettres, les nommer voire les tracer, un peu comme un dessin et il sera fier de montrer ses productions à ses parents! L'apprentissage a besoin de ces encouragements, de ces regards pleins d'amour et de fierté et surtout de se nourrir du plaisir de créer, de reproduire pour grandir. Ce n'est pas le temps des remontrances, des critiques, des -peut mieux faire- ; cela viendra assez vite!

Lorsque l'apprentissage de l'écriture a été perturbé par quelque chose, la graphothérapie clinique intervient afin de relancer ce fil perdu ou bancal. Mais la graphothérapie n'est pas un outil de performance. Bien au contraire ; mes jeunes patients sont bien souvent des gamins qui s'accrochent, forcent le geste, contraignent le corps et la main à faire de son mieux. Ils arrivent dans mon bureau, la volonté chevillée au corps. Ils veulent s'appliquer et réussir leurs productions graphiques, persuadés qu'à force d'efforts et de contraintes ils réussiront à atteindre cette sacro-sainte "détente"... Certains souffrent dans leur amour propre de ne pas être à la hauteur et craignent que les parents soient déçus... Ils veulent tellement bien faire que ça devient invivable : la pression infligée et la tension privent parfois de vie.

"J'ai tellement peur de ne pas arriver à tout faire..." dit cette jeune fille de 14 ans : elle se couche chaque soir en ayant le sentiment qu'elle n'a pas été assez "performante" et elle n'en dort pas, martelant dans sa tête tout ce qu'elle devra faire dès son réveil.

Si l'on souhaite se débarrasser de cette hyper-tension qui bloque le corps, les muscles, la main ce n'est pas pour viser "l'euphorie perpétuelle"!! On ne passe pas d'un extrême à l'autre et bien souvent ces jeunes sont persuadés que le travail de relaxation vise à leur faire voir la vie en rose, quoi qu'il arrive! Etre à l'écoute de soi, vérifier comment on se tient, comment on se pose, ce que son corps transmet, le retentissement des émotions... comprendre et valider ses sentiments, toute cette attention ne relève pas de l'effort, de la contrainte, de la volonté voire du dressage ; c'est lorsque l'on cesse enfin d'être dans la dictature du mieux... que la confiance en soi peut sortir de sa cachette. Il y a souvent bien des peaux de chagrin a laissé tomber.

Les signes d'effort dans l'écriture sont repérables chez les petits : les arrêts, les reprises maladroites, les liaisons hésitantes où la fin d'une lettre ne rejoint pas toujours le début de l'autre ; le train de l'écriture est chaotique et les lettres restent grosses ; c'est normal! Rien de naturel ni d'aisé dans cette mise en route de l'écriture. C'est tout neuf! Le petit enfant fait en quelque sorte ses gammes et y met tout son coeur, fier de sa production. Ce n'est pas le moment de regarder avec un oeil critique. Cette écriture balbutiante a besoin d'amour, d'un regard bienveillant et encourageant ; ainsi elle pourra jusqu'à 11/12 ans s'améliorer, se fignoler pour, après, se personnaliser. Il faut lui accorder du temps et faire confiance à l'enfant.

C'est comme cela que l'écriture -ira bien-.

Repost 0
13 février 2017 1 13 /02 /février /2017 16:19
sculpture de Jurga... en argile chamottée

sculpture de Jurga... en argile chamottée

Certains patients qui se présentent pour des troubles de l'écriture semblent au premier regard des jeunes très sages... lisses... souriants : pas un mot plus haut que l'autre ; tout ne paraît être qu'harmonie! à tel point que certains se demandent pourquoi ils viennent chez moi!

Gentils garçons (on voit plus de garçons que de filles!) à qui on donnerait le bon Dieu sans confession! Ne nous y trompons pas : c'est ainsi qu'ils se présentent parfois identiques quel que soit l'endroit tant ils tiennent muselées à l'intérieur d'eux la colère, voire l'agressivité et la revendication chevillée au corps.

Je me dis en les regardant qu'ils sont comme de l'argile douce et malléable, cette terre que l'on malaxe, triture et travaille à pleines mains pour en faire éclore un joli vase, un visage, un corps... mais pourtant il s'agit là d'une argile différente que l'on appelle "chamotte" : argile brute, cuite puis broyée, argile plus résistante mécaniquement parlant qui ne connaît qu'un faible retrait au séchage, autorisant une évacuation homogène de l'eau sans affaiblissement de la structure.

Si certains enfants sont doux au regard, tout leur corps et leurs mouvements peuvent être brusques, maladroits ; on remarque une structure de fer où les tensions se heurtent et où les points de friction sont nombreux.

Au cours de la cure graphothérapeutique l'analyste se heurte sans cesse à ces -petits granulés- durs, ces résistances qui rendent le contact différent et sans doute moins lisse, moins doux, tout comme le travail du potier avec l'argile chamottée! Inutile de chercher à les faire disparaître ces aspérités, après tout, ce sont elles qui font la singularité du patient ; il convient juste de les pointer et de travailler avec. Là aussi, c'est le travail avec la main.

 "c'est à se demander s'il a des mains ce gamin!" La remarque m'amuse ; on parle du même, celui qui derrière son masque d'ange fait de la résistance! "Vous comprenez... il écrit mal et il ne fait rien en classe...". Faire implique une -confluence-, c'est un flux de forces et d'énergies qui met un corps en mouvement ; chez ce garçon, c'est l'esprit qui monte la garde, souverain et quelque part tyrannique. Ses mains? au diable! Nous vivons à l'ère du tout digital... presque!

Je ne sais pas ce que pensent ses mains, surtout celle qui peine à déposer les mots et à s'inscrire et ce n'est sans doute pas cela le plus important... en revanche il est nécessaire de réhabiliter l'apprentissage, le savoir-faire par le bout des doigts, du bout du coeur pour retrouver le contact avec le grain de la vie.

Repost 0
8 février 2017 3 08 /02 /février /2017 09:33
aidez-moi à mieux me contrôler...

Curieuse demande mais ô combien sincère. Les sentiments? Eh oui, ce n'est pas toujours du gâteau et les accepter est parfois bien compliqué. On peut même choisir de les oublier, en tout cas, oublier de les ressentir. Pendant les quinze premières années de leur vie les enfants ont besoin de temps, d'attention de leurs parents. C'est essentiel. Si leurs besoins ne sont pas comblés ils grandissent et deviennent en apparence des adultes : ils parlent comme des adultes, vivent comme des adultes mais à l'intérieur de ces adultes, un petit enfant inassouvi reste tapi.

Une famille qui fonctionne de façon chaotique nie les problèmes qui peuvent éclore par conséquent elles n'aident pas ses enfants à les résoudre.

Le contrôle résulte de la volonté handicapée ; c'est aussi un système de défense contre la honte. La plupart du temps, le regard de l'autre est vite perçu comme critique d'où la nécessité, presque vitale de se protéger, de se prémunir contre de furtifs moments d'inattention où l'on pourrait se retrouver exposé dans une situation difficile à vivre.

Les enfants qui consultent pour un problème d'écriture sont plus sensibles que les autres à la critique, aux contrariétés, au jugement, à l'intrusion aussi. Très vite des questions qui pourraient être taxées de "personnelles" sont évacués et le patient devenu soupçonneux en 1/4 de seconde rentre dans sa coquille tel un Bernard l'Hermite! Si l'écriture raconte nos petites histoires elle n'invite pas à en faire l'inventaire! tout du moins pas de front.

Je comprends la question du jour : "comment mieux se contrôler"...Elle est colorée d'un vrai désarroi et plonge ce patient dans l'impuissance ; car les émotions non libérées peuvent telle une plaque de neige décrochée de la montagne dévaler la pente et se transformer en avalanche. Un faux moi se créé pour camoufler le vrai si bien dissimulé qu'à chaque évènement négatif le faux moi se voit renforcé. Tout le corps se fige de façon chronique, balayant d'un revers de main la moindre douleur.
 
il arrive parfois que des parents éprouvant eux-mêmes des blocages sur le plan émotif soient incapables de gérer les émotions de leur enfant. A la longue ces émotions retenues forment un carcan rigide.

Il va bien falloir les regarder en face ces émotions... accepter que le corps, le coeur vibrent ou sont totalement chamboulés par ces sentiments qui, en dépit de toutes les protections, assaillent et résonnent.

Non, je ne vais pas lui apprendre à mieux se contrôler... Il n'est que contrôle, perdu, incapable de trouver sa place et d'être lui-même.

Le chagrin ou la colère ont besoin de faire leur oeuvre dès lors qu'il y a eu un traumatisme ou un évènement déstabilisant parce que, lorsque nous réprimons des émotions en lien avec les circonstances qui les ont fait naître, elles se manifestent de façon inopportune donnant naissance à des comportements irrationnels.

C'est vrai qu'il peut être tentant de détenir ce pouvoir absolu... mais celui qui ne peut que vouloir garder le contrôle quoi qu'il arrive risque de passer à côté de la vie et se prendre pour un Dieu de l'Olympe.

Le travail de relaxation ramène au ressenti et permet de se connecter à ces sentiments mis au placard.

"Ne pas avoir de souvenirs d'enfance c'est comme si tu étais condamné à trimballer en permanence une caisse dont tu ne connais pas le contenu. Et plus tu vieillis, plus elle te paraît lourde, et plus tu deviens impatient d'ouvrir enfin ce truc" (Jurek Becker)... alors autant faire l'inventaire de la malle!

Repost 0
25 janvier 2017 3 25 /01 /janvier /2017 08:49
mettre fin à la fermeture sur soi...

C'est un vaste chantier mais c'est aussi indispensable. Que nous disent ces patients si tendus qu'ils n'arrivent pas écrire vite?? "Je vais mal... Aidez-moi "ou "Tout va bien! foutez moi la paix!". Dans les deux cas il y a souffrance révélée par cet excès de tension mais ils n'y ont pas accès de la même façon.

C'est l'écriture illisible qui les rattrape très souvent ; elle qui menace la qualité des notes voire même la lecture d'une copie par un prof qui "n'a pas que ça à faire!"...

Lorsque la plainte se dévoile, elle va bien au-delà du souci de l'écriture illisible ; l'écriture est bien souvent oubliée, très vite même. Il ne reste que la difficulté à vivre, à faire des projets, à s'ouvrir au monde et aux autres, à aller gaillardement son chemin. Toutes ces lamentations sont souvent l'effet du refus de grandir ou du regret d'avoir grandi. Cette obstination à ne pas grandir témoigne d'une part de soi encore très infantile ; elle est très -entretenue- un peu comme un petit capital qu'il convient de ne pas dilapider, un éternel "doudou" pour rester à jamais dans le monde magique où l'on ne grandit pas.

Si certains sont en grande souffrance, installés dans une dépression comme dans un éternel cocon où ils poursuivraient une métamorphose sans fin, d'autres ne vont pas si mal que cela mais ils ne le savent pas. Tout le monde autour d'eux entretient cette part infantile et y trouve son compte : c'est le petit dernier, le petit trésor... il ne sait rien faire seul! heureusement qu'il a maman! les autres à l'école ne le comprennent pas...etc, etc... Comment croire en soi lorsque ceux que l'on aime le plus doutent.

Il en faut peu alors pour que s'éveillent des forces insoupçonnées! C'est ainsi que l'on reprend confiance, sous le regard de l'autre qui vous voit différemment, de façon plus distanciée. Tout ira bien si l'on réussit à faire adhérer la tête (l'esprit) au corps et y relancer la circulation un peu comme si après avoir laissé ses mains au froid on les réchauffait pour leur redonner souplesse et mobilité.

Alors, si quelque chose cloche il est indispensable de mettre dans son corps sa plainte, ses récriminations, son ressentiment avec les véritables causes ou même les prétendues causes! Se laisser sentir par exemple combien on est triste que le grand frère ou la petite soeur soit si "brillant"! combien on regrette son ancienne école, un copain disparu ou la maison de son enfance. Il y a tant de choses ou d'évènements qui peuvent bouleverser un enfant.

Qu'est-ce qu'un corps vivant, en mouvement? Une surface recouverte de peau toute entière en rapport avec l'extérieur et c'est cet extérieur qui en définit les contours... Une enveloppe... il en va de même dans les traces déposées, elles ont toujours un contour ; il y a l'intérieur et l'extérieur. A l'occasion de ces traces, c'est le corps entier qui appréhende, teste et découvre via la main, le bras.

L'usage de la main : celle du patient et celle du thérapeute aussi  permet de remodeler, avec douceur, respect et parfois également audace pour que peu à peu la fermeture se transforme en ouverture. Ce qui nous donne de l'assurance c'est ce qui dépend de nous et ce dont nous avons la disposition...

Repost 0
24 janvier 2017 2 24 /01 /janvier /2017 16:27
tsunami sous un crâne!

Qu'il est difficile de lâcher le mental ne serait-ce que pour s'entendre. Je dis souvent à mes patients qui si on dépose son téléphone dans la salle d'attente (un peu comme un cow-boy entrerait au saloon sans ses colts!) on essaie aussi de déposer -symboliquement- sa tête et ses pensées sur la chaise d'à côté... "La conscience règne mais ne gouverne pas". Si le cerveau est l'organe de l'esprit il se manifeste également dans le corps, dans les muscles. Tout est prétexte à éviter de sentir ce qui s'y trame.

Nous vivons dans un monde où l'art de raconter des histoires est devenu roi. Ces gamins qui sont si mauvais à l'écrit -tout simplement parce qu'écrire leur fait mal- sont très souvent de remarquables orateurs ou a minima des artistes de la petite histoire! Dans les histoires qu'ils racontent les personnages ne sont pas des personnes, ce sont des héros et le monde autour d'eux n'est pas non plus "le" monde mais "leur" monde.

Les histoires sont souvent un moyen de retenir l'autre, de le distraire et de ne pas être seul ; le but reste le même : se positionner au mieux dans les remous qui les agitent en s'adressant à celui qui écoute.

Dans notre travail il s'agit plutôt de tourner la pensée vers le corps pour affiner le ressenti, l'élargir. C'est ce qui est si souvent difficile à comprendre. Certains jeunes qualifiés de "précoces" s'indignent très vite : "mais Madame! sans ma tête je suis foutu, je suis mort!" ; par tête ils veulent dire -cerveau-, réflexion. Cette liberté là : sentir  -d'une toute autre façon- angoisse et fait peur. Il n'est pas nécessaire d'avoir un projet, des encouragements ou des félicitations... rien de tout cela et c'est parfois déconcertant.

"Le fait de prendre conscience de l'environnement en recevant le message du monde sensible de façon plus fine et plus différenciée apporte un apaisement aux maux de l'âme et la possibilité d'une meilleure intégration dans le groupe social".

L'objectif de nos -exercices graphiques- est d'explorer et d'épouser la continuité de ce qui advient : si la parole s'invite, c'est alors une vraie parole, adéquate qui "colle" à ce qui est dit, mis en mouvement et ressenti.

Repost 0
17 janvier 2017 2 17 /01 /janvier /2017 16:47
macro photo de Vyacheslav Mishchenko

macro photo de Vyacheslav Mishchenko

On écrit mal lorsque l'on a si mal à la main, au poignet ou à l'épaule que rien n'avance sur la ligne même si on est persuadé du contraire :  "si, si... j'écris vite" dit ce patient convaincu que ce n'est pas cela le problème : "je crois même que j'écris trop vite!"...

Hélas, non. Il confond vitesse et empressement, saccades et souplesse ;  sa main trépigne sur la feuille et j'assiste à un véritable combat entre le stylo et la table qui tremble sous les coups de boutoir. Mais, tout va bien! même pas mal! A le regarder s'échiner à me montrer à quel point il va vite il en oublie de respirer... Il se redresse, s'étire et se plaint du bout des lèvres : "je suis bloqué là".
Là? -C'est le diaphragme, une cloison souple qui sépare le thorax de l'abdomen. Lorsque l'on respire librement le diaphragme est mobile, oscillant entre le bombé lorsque l'on inspire et la cuvette lorsque l'on expire. Je m'assure qu'il a bien compris : "vous sentez?". Silence embarrassé : "non... rien... c'est dur!".

"Mais! est-ce que j'y pense moi, quand je respire, à mon diaphragme"? dit-il un brin agacé.

C'est là tout le problème ; la respiration, c'est automatique! Bien des gamins en panne d'écriture le sont aussi avec le souffle. Tout est bloqué à l'image des épaules, du dos, de la nuque. La relation naturelle entre le haut du corps et le bas n'est plus entretenue ; résultat le plexus solaire et non pas "scolaire" comme j'ai entendu récemment (c'est dire si le stress des cours les poursuit!) se tend et se durcit = ça fait mal!

Les jeunes qui écrivent mal limitent souvent leur attention à la sphère cérébrale et comme en prime ils sont plus sensibles et plus stressés que les autres, toutes leurs émotions se cristallisent dans le haut du corps : la gorge, les épaules, la cage thoracique.

Pratiquement aucun ne respire librement : aucune amplitude, aucun soupir, aucun bâillement. Le souffle est court, parfois à peine perceptible ; j'ai toujours l'impression qu'ils nagent en apnée, cherchant désespérément le fil des lettres au fond de la ligne!! C'est simple : tout est rigide et déconcertant. Certains se présentent au bord de l'asphyxie... et finissent par se plaindre de tachycardie, de "sang qui bat dans les tempes", de maux de tête et de nausées dès lors qu'ils ont un petit quelque chose qui les inquiète.

A l'image de l'inspiration et de l'expiration, l'écriture se délie au rythme de la reprise et de la détente. Lorsque l'on se bat avec les mots, accroché à son stylo comme à un radeau de sauvetage, il est bien difficile de laisser descendre le souffle vers le ventre et de sentir les muscles qui se contractent pour chasser l'air.
En soi, c'est une véritable découverte... une virée dans des contrées inconnues et peut-être dangereuses... qui sait... sentir que l'on respire et que l'on est en vie! ce n'est pas rien!

Lorsque émotionnellement on est perturbé, secoué, toute la cage thoracique se referme et se rigidifie (ce qui provoque aussi des crises d'asthme spectaculaires!). La zone inter-omoplate fait mal et oblige sans cesse à rectifier sa position. A défaut de sentir, certains mettent un zèle tout particulier à "bien se tenir" : "et là? je suis bien...?". Tout semble maîtrisé, aligné au fil à plomb, le torse bombé... un carcan de tensions. Il attend des félicitations et bat des cils comme une poupée ancienne, raide et fragile. Comment peut-on inconsciemment occulter le corps au bénéfice du mental et s'ils savaient à quel point le corps peut se venger et reprendre ses droits.

En contrôlant au maximum le souffle et en s'efforçant d'être tel qu'ils pensent devoir l'être ils n'instaurent pas la paix en eux. D'ailleurs, très vite tout lâche : l'attention, les émotions et le corps s'invite à sa façon : "oups..." dit-il en lâchant un pet sonore"...ah... pour le souffle... on ne parle pas du même! Voilà comment il est si compliqué de sentir ce qui se passe dans le corps et qui échappe à ces jeunes patients : tout est confus et tout se mélange... j'aurais presque envie de dire : tout se déglingue d'un coup, l'espace d'une seconde : le peu d'attention investi dans la respiration explose ; la charge émotionnelle revient à l'assaut et c'est reparti...

Repost 0
16 janvier 2017 1 16 /01 /janvier /2017 10:15
attraction vers l'arrière...

La nostalgie prend souvent ces patients qui consultent pour ou via un problème d'écriture ; elle les prend au détour de la journée et sa trace prégnante entache l'humeur du moment, le regard porté vers les jours à venir.

Je dis "via" l'écriture car notre travail graphothérapeutique s'inscrit dans le champ des Psychothérapies Psychanalytiques Corporelles, par conséquent il propose des séances de relaxation en lien avec la trace et le corps en train de tracer ; certains patients consultent parce que, quel que soit leur âge, leur écriture se révèle peu satisfaisante : à leurs yeux = elle n'est pas belle! et aux yeux des autres : elle n'est pas lisible. Ils arrivent avec un questionnement souvent amusé et se demandent bien pourquoi, à l'heure de l'ordinateur, cette histoire les titille...

C'est un peu le début d'un jeu de piste. Ils ne consultent pas -seulement- à cause de l'écriture, ils consultent pour bien d'autres raisons en lien avec leur histoire, leur parcours. La plus terrible qui revient toujours au cours d'un entretien est celle de "leur paradis perdu" ; celle qui teinte de gris leur univers, leurs états d'âme, celle qui ravive des blessures plus profondes. Cette attraction vers l'arrière, pleine de tristesse, vers un -autrefois-  qui peut mener à une moindre appétence à vivre, à l'absence d'envies et donc de projets.

Je me dis, de plus en plus, que la cure graphothérapeutique peut être une aide précieuse pour renouer avec soi-même et s'offrir un socle plus solide. L'écriture qui fait mal est un symptôme qui alerte toujours sur un mal être psychique. Elle est en quelque sorte l'ambassadrice envoyée pour traiter de conflits subtils, de communication, de respect des codes sociaux, des règles d'une contrée singulière : la nôtre.

Mieux écrire n'est souvent qu'un prétexte, la partie visible d'un problème plus profond. L'écriture illisible et douloureuse à la main est le langage d'une blessure plus ancienne qui touche à l'identité, à l'image de soi et se situe autour de la séparation, de l'abandon, de l'injustice et de l'impuissance.
Mais il y a aussi des obstacles à tout changement ; on peut tout au long d'un travail thérapeutique s'appliquer à trouver des moyens de le contourner, de lui asséner des coups de boutoir...

Ce que dit notre corps c'est qu'il existe en lui une énergie inouïe ; on y trouve de l'excitation, des pulsions et parfois même tout cela déborde car il ne sait pas quoi en faire. Certains gamins ne tiennent pas en place et pleurnichent sans cesse un "je ne sais pas quoi faire"... L'énergie corporelle peut aussi être à l'état brut oscillant sans cesse entre accords et désaccords avec les pensées de la tête. Certains enfants consultent "via" l'écriture : "ah! au fait... il écrit mal..." mais très vite leurs parents évoquent d'autres tracas = un problème d'attention, de l'instabilité, une humeur fluctuante, des crises de panique, de l'anxiété et ... beaucoup de tensions qu'il n'arrive pas toujours à contenir. "Il est tendu... vous ne trouvez pas!"

On peut aller un peu plus loin et se demander parfois ce qui fait qu'on est bien ou  qu'on n'est pas bien dans telle ou telle situation, avec telle ou telle personne... comment les pensées du corps s'accommodent-elles des pensées de la tête???

Repost 0

.

De la trace écrite à la peinture à l'huile...

 

Tous les chemins pour accéder à un geste plus libre...

 

Qu'est-ce que cela veut dire :  être dysgraphique??


Mon cheminement prend racine dans mon expérience de "graphothérapeute-clinicienne" à travers l'approche quotidienne du corps de mes jeunes patients qui souffrent de mal écrire.Tout comme l'écriture, la peinture passe aussi par le corps ; du regard à la main.

Je peins depuis que je suis enfant, attirée par les traces de toutes sortes : traces d'écriture, de dessin, de pastels, d'aquarelles ou d'encres.

C'est à travers un dédale d'expériences personnelles et thérapeutiques que je me suis "lancée".
Ma démarche est celle d'une promeneuse solitaire qui s'émerveille des paysages de mer : de Bretagne, d'outre-mer ou d'ailleurs.                                    

Le Finistère Nord est mon terrain de jeu, ma boîte de couleurs : de Brest à Carantec, de Morgat aux Abers, de Brignogan à Roscoff ; c'est là que je me ressource et découvre toujours de nouvelles teintes, de nouvelles lumières comme si je les découvrais pour la première fois.
Regarder est si difficile...

 

J'ai créé ce blog pour partager mes réflexions et des instants de ma vie de thérapeute et de peintre.

Quoi qu'il arrive, penser que nous sommes toujours en transition, en devenir, pourrait nous fournir une capacité à rebondir extraordinaire.

"Etre créatif, c'est avoir le sentiment que la vie vaut la peine d'être vécue" (D.Winicott)

@

à maux couverts

Cette page -référencée- dans les articles vous permet de poser des questions sur tout ce qui de près ou de loin a trait à l'écriture : apprentissage dès le cp, problèmes rencontrés, tous les "dys" : dysgraphie, dyspraxie, dysorthographie, dyslexie ; les troubles de l'écriture : écriture trop lente, illisible, saccadée, sale avec des ratures, des lettres oubliées, écriture trop grosse, trop petite, etc...

Il vous suffit d'ajouter un commentaire en bas de cette page.

Je vous répondrai dans la mesure de mes compétences.

N'hésitez pas à me faire part de vos interrogations, vos expériences personnelles, celle de vos enfants, de vos remarques concernant les sujets que j'évoque dans ce blog.

* Merci de ne pas faire de copier/coller de mes textes sur vos blogs. Demandez-moi!

* Toutes les vignettes cliniques parlent de patients "fictifs" bien sûr et de situations choisies sans lien particulier avec telle ou telle personne. Le travail thérapeutique est strictement confidentiel.