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17 janvier 2017 2 17 /01 /janvier /2017 16:47
macro photo de Vyacheslav Mishchenko

macro photo de Vyacheslav Mishchenko

On écrit mal lorsque l'on a si mal à la main, au poignet ou à l'épaule que rien n'avance sur la ligne même si on est persuadé du contraire :  "si, si... j'écris vite" dit ce patient convaincu que ce n'est pas cela le problème : "je crois même que j'écris trop vite!"...

Hélas, non. Il confond vitesse et empressement, saccades et souplesse ;  sa main trépigne sur la feuille et j'assiste à un véritable combat entre le stylo et la table qui tremble sous les coups de boutoir. Mais, tout va bien! même pas mal! A le regarder s'échiner à me montrer à quel point il va vite il en oublie de respirer... Il se redresse, s'étire et se plaint du bout des lèvres : "je suis bloqué là".
Là? -C'est le diaphragme, une cloison souple qui sépare le thorax de l'abdomen. Lorsque l'on respire librement le diaphragme est mobile, oscillant entre le bombé lorsque l'on inspire et la cuvette lorsque l'on expire. Je m'assure qu'il a bien compris : "vous sentez?". Silence embarrassé : "non... rien... c'est dur!".

"Mais! est-ce que j'y pense moi, quand je respire, à mon diaphragme"? dit-il un brin agacé.

C'est là tout le problème ; la respiration, c'est automatique! Bien des gamins en panne d'écriture le sont aussi avec le souffle. Tout est bloqué à l'image des épaules, du dos, de la nuque. La relation naturelle entre le haut du corps et le bas n'est plus entretenue ; résultat le plexus solaire et non pas "scolaire" comme j'ai entendu récemment (c'est dire si le stress des cours les poursuit!) se tend et se durcit = ça fait mal!

Les jeunes qui écrivent mal limitent souvent leur attention à la sphère cérébrale et comme en prime ils sont plus sensibles et plus stressés que les autres, toutes leurs émotions se cristallisent dans le haut du corps : la gorge, les épaules, la cage thoracique.

Pratiquement aucun ne respire librement : aucune amplitude, aucun soupir, aucun bâillement. Le souffle est court, parfois à peine perceptible ; j'ai toujours l'impression qu'ils nagent en apnée, cherchant désespérément le fil des lettres au fond de la ligne!! C'est simple : tout est rigide et déconcertant. Certains se présentent au bord de l'asphyxie... et finissent par se plaindre de tachycardie, de "sang qui bat dans les tempes", de maux de tête et de nausées dès lors qu'ils ont un petit quelque chose qui les inquiète.

A l'image de l'inspiration et de l'expiration, l'écriture se délie au rythme de la reprise et de la détente. Lorsque l'on se bat avec les mots, accroché à son stylo comme à un radeau de sauvetage, il est bien difficile de laisser descendre le souffle vers le ventre et de sentir les muscles qui se contractent pour chasser l'air.
En soi, c'est une véritable découverte... une virée dans des contrées inconnues et peut-être dangereuses... qui sait... sentir que l'on respire et que l'on est en vie! ce n'est pas rien!

Lorsque émotionnellement on est perturbé, secoué, toute la cage thoracique se referme et se rigidifie (ce qui provoque aussi des crises d'asthme spectaculaires!). La zone inter-omoplate fait mal et oblige sans cesse à rectifier sa position. A défaut de sentir, certains mettent un zèle tout particulier à "bien se tenir" : "et là? je suis bien...?". Tout semble maîtrisé, aligné au fil à plomb, le torse bombé... un carcan de tensions. Il attend des félicitations et bat des cils comme une poupée ancienne, raide et fragile. Comment peut-on inconsciemment occulter le corps au bénéfice du mental et s'ils savaient à quel point le corps peut se venger et reprendre ses droits.

En contrôlant au maximum le souffle et en s'efforçant d'être tel qu'ils pensent devoir l'être ils n'instaurent pas la paix en eux. D'ailleurs, très vite tout lâche : l'attention, les émotions et le corps s'invite à sa façon : "oups..." dit-il en lâchant un pet sonore"...ah... pour le souffle... on ne parle pas du même! Voilà comment il est si compliqué de sentir ce qui se passe dans le corps et qui échappe à ces jeunes patients : tout est confus et tout se mélange... j'aurais presque envie de dire : tout se déglingue d'un coup, l'espace d'une seconde : le peu d'attention investi dans la respiration explose ; la charge émotionnelle revient à l'assaut et c'est reparti...

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16 janvier 2017 1 16 /01 /janvier /2017 10:15
attraction vers l'arrière...

La nostalgie prend souvent ces patients qui consultent pour ou via un problème d'écriture ; elle les prend au détour de la journée et sa trace prégnante entache l'humeur du moment, le regard porté vers les jours à venir.

Je dis "via" l'écriture car notre travail graphothérapeutique s'inscrit dans le champ des Psychothérapies Psychanalytiques Corporelles, par conséquent il propose des séances de relaxation en lien avec la trace et le corps en train de tracer ; certains patients consultent parce que, quel que soit leur âge, leur écriture se révèle peu satisfaisante : à leurs yeux = elle n'est pas belle! et aux yeux des autres : elle n'est pas lisible. Ils arrivent avec un questionnement souvent amusé et se demandent bien pourquoi, à l'heure de l'ordinateur, cette histoire les titille...

C'est un peu le début d'un jeu de piste. Ils ne consultent pas -seulement- à cause de l'écriture, ils consultent pour bien d'autres raisons en lien avec leur histoire, leur parcours. La plus terrible qui revient toujours au cours d'un entretien est celle de "leur paradis perdu" ; celle qui teinte de gris leur univers, leurs états d'âme, celle qui ravive des blessures plus profondes. Cette attraction vers l'arrière, pleine de tristesse, vers un -autrefois-  qui peut mener à une moindre appétence à vivre, à l'absence d'envies et donc de projets.

Je me dis, de plus en plus, que la cure graphothérapeutique peut être une aide précieuse pour renouer avec soi-même et s'offrir un socle plus solide. L'écriture qui fait mal est un symptôme qui alerte toujours sur un mal être psychique. Elle est en quelque sorte l'ambassadrice envoyée pour traiter de conflits subtils, de communication, de respect des codes sociaux, des règles d'une contrée singulière : la nôtre.

Mieux écrire n'est souvent qu'un prétexte, la partie visible d'un problème plus profond. L'écriture illisible et douloureuse à la main est le langage d'une blessure plus ancienne qui touche à l'identité, à l'image de soi et se situe autour de la séparation, de l'abandon, de l'injustice et de l'impuissance.
Mais il y a aussi des obstacles à tout changement ; on peut tout au long d'un travail thérapeutique s'appliquer à trouver des moyens de le contourner, de lui asséner des coups de boutoir...

Ce que dit notre corps c'est qu'il existe en lui une énergie inouïe ; on y trouve de l'excitation, des pulsions et parfois même tout cela déborde car il ne sait pas quoi en faire. Certains gamins ne tiennent pas en place et pleurnichent sans cesse un "je ne sais pas quoi faire"... L'énergie corporelle peut aussi être à l'état brut oscillant sans cesse entre accords et désaccords avec les pensées de la tête. Certains enfants consultent "via" l'écriture : "ah! au fait... il écrit mal..." mais très vite leurs parents évoquent d'autres tracas = un problème d'attention, de l'instabilité, une humeur fluctuante, des crises de panique, de l'anxiété et ... beaucoup de tensions qu'il n'arrive pas toujours à contenir. "Il est tendu... vous ne trouvez pas!"

On peut aller un peu plus loin et se demander parfois ce qui fait qu'on est bien ou  qu'on n'est pas bien dans telle ou telle situation, avec telle ou telle personne... comment les pensées du corps s'accommodent-elles des pensées de la tête???

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13 janvier 2017 5 13 /01 /janvier /2017 13:40
sculptures cristallines de Tokujin Yoshioka

sculptures cristallines de Tokujin Yoshioka

... "mais de tout ce qui m'entoure et de tout ce que je ne connais pas Madame"...

Déjà à l'époque Sénèque disait "qu'il y a plus de choses qui nous font peur que de choses qui nous font mal". Les jeunes patients que l'on reçoit pour un problème de sur-tension qui accable en premier leur main et leur écriture ont tous en commun une inquiétude omniprésente. La peur est mauvaise conseillère et acoquinée au stress elle fait de notre vie un enfer.

La relaxation cible en premier l'agitation mentale et émotionnelle ; elle invite à savoir trouver (ou retrouver) à l'intérieur de soi ce petit arpent de calme qui trône au-delà de toutes les peurs. Cela passe par le corps et la respiration car les mots peinent très souvent à se faire entendre. Une main qui se crispe dès qu'elle prend un crayon ou un stylo ne peut pas se mouvoir avec rapidité sur la feuille! il en va de même du souffle enrayé par une crise d'angoisse.

Lorsque l'on est enfant on construit sa confiance en se soumettant... sinon on meurt : le petit ne peut que faire pleinement confiance à sa mère. Le fondement même de la confiance est l'attachement ; il n'y a qu'à lire les ouvrages de Boris Cyrulnik pour s'en convaincre. Et c'est parce que l'on peut faire confiance à autrui que l'on peut bâtir sa confiance en soi-même.

Dans notre travail tout commence parfois par un geste, un mouvement qui tisse et retisse sur la feuille une trace. Il n'y a pas de mouvement de l'esprit qui ne soit d'abord un mouvement du corps.

Pourquoi cette attention portée au geste? tout simplement pour mieux sentir ce qui est mis en mouvement, ce qui s'anime dans le corps et dans la tête ... et la situation dans laquelle se trouve le patient. On ne communique pas d'abord par le langage. La posture qu'adopte un enfant sur la chaise, la tranquillité ou l'inquiétude qui l'anime renseigne davantage sur l'état dans lequel il se trouve. Les mots, sauf s'ils viennent annoncer un lien entre une émotion et un geste via quelque chose de tonique, on essaie de les oublier. La parole doit perdre sa consistance pour permettre au geste de se déployer. Il ne s'agit pas de faire fi de tout ce que l'on a à dire mais juste d'être bien assis! C'est dire toute l'importance accordée à la chaise... ce qui en fait rire plus d'un ou d'une.

"Le travail thérapeutique devrait se borner à ne dire et à n'entendre aucun mot qui ne soit un geste du corps tout entier".

Lorsque l'on a peur on attend beaucoup de l'action du thérapeute et il ne suffit pas de demander à un patient de faire face à sa peur pour la résoudre. Parfois le travail semble se faire si vite et le patient semble être si coopératif que c'est trop beau! à d'autres moments c'est l'inverse : là où il y avait un grand enthousiasme à faire de son mieux on se retrouve face à une franche hostilité et à une impossibilité à se laisser aller à toute demande. Entre se sentir très mal et se sentir très bien on se trouve finalement face à un même problème : la fuite devant toute modification!

Fragile action du graphothérapeute... on ne peut rien exiger, rien forcer, rien interpréter, on ne peut qu'être présent, regarder, commenter, étayer rappelant ainsi au patient que nul autre que lui ne saurait faire à sa place...

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10 janvier 2017 2 10 /01 /janvier /2017 12:30
sculpture de Rob Mulholland

sculpture de Rob Mulholland

Tous les enfants apprennent à écrire. S'ils écrivent mal = écriture illisible, trop lente, saccadée, trop grosse ou trop petite ce n'est pas parce qu'ils ne savent pas écrire!

Enfant, lorsqu'on apprend à écrire, on entraîne sa main à ce travail et d'une certaine façon sans même y songer c'est tout notre être que nous civilisons.

"Il ne sait plus écrire! il n'a pas de mémoire" ai-je entendu!! La mémoire passe par des -guichets d'enregistrement- notamment l'hippocampe à la base du cerveau mais elle se retrouve partout ; on sait à quel point les zones spécialisées sont malléables et les neurologues connaissent la plasticité corticale de telle sorte que les réseaux neuronaux peuvent se remplacer les uns les autres.

La mémoire, ce n'est pas uniquement se rappeler sa leçon pour le prochain contrôle et que tel ou tel mot prend 2 "l", ou 1 "p" etc... Imaginons, nos anticorps se souviennent de nos anciennes maladies et nos gènes trahissent à leur tour notre histoire, notre lignée et même notre individualité.

A l'origine, Socrate craignait déjà que l'écriture ne détruise notre mémoire... de même que la naissance de l'imprimerie affola tout le monde.
On sait que notre mémoire a schématiquement deux moteurs : l'émotion et l'attention, la première marque le corps, via notre cerveau archaïque, la seconde donne sens, via le néocortex (cf. Travaux de Denis Peschanski).

Qui réussit le mieux dans les études? ceux qui ont la meilleure mémoire ou ceux qui ont développé la capacité de bien s'en servir? Les seconds, bien sûr!

"Quand on ne sait rien on peut tout de même trouver des choses, avec de l'imagination" Boris Vian.

Plus on mémorise de solutions aux problèmes que pose le quotidien, la vie, plus nos neurones se renforcent et multiplient leurs synapses. Surfer à toute allure sur les informations d'internet ne favorise pas la mémorisation.. L'imagerie médicale a récemment démontré que certains réseaux neuronaux cruciaux pour la mémorisation ne se mettent en route que lorsque nous ne faisons rien (ce qui ravirait certains!) et laissons toutes nos pensées nous emporter.

Boris Cyrulnik explique que notre mémoire a deux rôles : "soutenir la cohérence et l'estime de soi, quitte à enjoliver ou à affabuler ; mais également à maintenir le contact avec le réel, même si c'est désagréable. Entre ces deux fonctions, le dosage est délicat". La mémoire écrit-il "n'est pas le retour dans le passé, mais la représentation de soi qui va chercher dans les traces du passé de quoi reconstruire une forme cohérente de ce bonheur ou de ce malheur que l'on vit dans l'instant" (De "Chair et d'Ame").
 

Au fond, c'est un peu le travail que l'on fait via la trace : essayer de se reconnecter à une émotion pour accéder à ce qui fait sens ici et maintenant...

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9 janvier 2017 1 09 /01 /janvier /2017 11:25
photographie d'une contemplative!

photographie d'une contemplative!

Apprendre à penser se fait dans le temps et l'enfant a besoin de temps ce que l'on oublie parfois de façon dramatique. Personne n'a le même rythme. Je vois des enfants qui sont dans l'urgence en permanence : ils se dépêchent de s'installer, se dépêchent pendant tout le temps de leur séance, puis courent pour repartir et faire leurs devoirs ou filer je ne sais où.

On n'apprend pas à se poser, à être en sécurité, à "souffler", à rêver, à avoir confiance... on le ressent et cela passe par -l'intérieur-. Pas de précipitation dans ce domaine... et pourtant...

Parfois des parents s'interrogent car tout a été dit, tout a été fait, ils ont compris ce qui se passait pour leur enfant, lui ont expliqué qu'ils avaient bien compris... et pourtant "rien ne bouge"! C'est vrai ; il arrive que rien ne se passe parce que ce n'est tout simplement pas le bon moment. Difficile à accepter tant des parents que des enseignants qui, une fois la prise en charge posée, trépignent pour que tout rentre dans l'ordre le plus vite possible. Bousculés, aspirés par le tourbillon scolaire et le rythme familial, la journée commence tôt dès que claironne le réveil, début d'un sprint effréné.

C'est souvent une habitude prise depuis la toute petite enfance ; pourtant le temps des très petits peut être lent et il n'est pas "négociable"! Certains marchent ou parlent très tard, d'autres restent "petits" plus longtemps. Il en va de même dans les apprentissages pourtant on presse, on menace, on analyse, on "booste", on doute de l'intelligence... alors que certains enfants ont tout bonnement besoin de plus de temps ; ce n'est ni bien, ni mal, ni incongru, ni inacceptable ; c'est ainsi.

Que reste-t-il aux enfants si les minutes leur sont comptées, s'ils n'ont plus le temps de découvrir la nature : la vraie. La vie intérieure est invisible et pour y accéder il est parfois nécessaire de changer de fréquence. C'est en allant au plus profond de soi que l'on retrouve le calme. La relaxation thérapeutique tente une percée dans une journée souvent marathon. Mais rester au repos sur une chaise, présent à soi-même, observer calmement ce qui est en soi et hors de soi n'est pas simple ni accessible tout de suite!

"Je fais quoi au juste"! crie-t-il au bord de la crise de nerfs ; c'est le même qui ne supporte ni le silence ni les pauses trop longues, ni le papier de la craie impossible à retirer!, ni tout ce qui ne va pas assez vite!! Il est urgent d'attendre!

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4 janvier 2017 3 04 /01 /janvier /2017 14:23
l'écriture et l'instabilité...

L'instabilité chez certains enfants apparaît comme une décharge brusque, impulsive du contrôle tensionnel. Dès qu'ils sont sous le regard de l'autre, l'instabilité se met en marche, seule échappatoire à une hyper tension qui les engloutit, les bride et les obligent à se contenir. Tout au long d'une journée de classe ils accumulent plus de stress que les autres et cette accumulation tonique a bel et bien besoin de sortir!

Le souci est qu'elle ne sort pas toujours à bon escient et donne naissance à des actions aussi inattendues que décalées. Certains patients l'évoquent en exprimant leur impossibilité à contenir tant leur impatience que leurs débordements ; la contention générale est telle qu'il faut à tout prix trouver une porte de sortie!

D'autres gamins qualifiés "d'instables" passent le plus clair de leur temps à tester tant leurs limites que celles de leur entourage. On peut tester les limites de son corps comme si on avait beaucoup de difficultés à l'appréhender, le sentir de l'intérieur ce qui explique que certains enfants sont sans cesse en train de tomber, de rentrer dans une porte ou de se colleter à un obstacle qu'ils n'ont pas eu le temps de voir. Ces enfants ne sont jamais présents à eux-mêmes ; ils s'oublient ; on dit d'eux qu'ils sont soit dans la lune soit à côté de la plaque tant leurs réactions sont aussi imprévisibles que maladroites.

La relaxation dont il est question dans notre travail de graphothérapie offre une approche originale pour prendre en charge cette instabilité. Le support reste la trace puisque c'est elle qui pose problème dans l'acte d'écriture. Il leur est proposé de sentir leur corps : comment ils sont assis sur la chaise, qu'est-ce qu'ils perçoivent de la globalité de leur corps. Je suis souvent surprise par leurs réponses alors que par ailleurs ce sont des enfants qui ne présentent aucun déficience intellectuelle, bien au contraire ; mais il leur est difficile de se représenter les différents segments de leur corps. Ce n'est qu'au fur et à mesure des séances et d'une meilleure reconnaissance des articulations, de la place des organes, de l'intégration des segments mobilisés que la détente peut s'installer et l'instabilité s'apaiser.

Il arrive parfois que les phases de labilité de la vigilance alternent avec des phases d'endormissement spontané. Au cours d'une séance certains agités comme des puces peuvent d'un coup se laisser tomber sur la table dans un état proche de l'assoupissement. Souvent on prescrit à ces enfants des médicaments qui les calment mais les endorment aussi les poussant à être de plus en plus agités pour ne pas sombrer dans un état d'engourdissement. La relaxation donne de bien meilleurs résultats ; il faut juste attendre un peu pour que des effets se fassent sentir et que l'enfant apprenne à mieux faire connaissance avec son corps et le ressente. L'accent est mis sur la liberté motrice et tonique à travers une meilleure connaissance des muscles, des articulations, de la respiration...

Parfois ce qui est qualifié "d'instabilité" ressemble davantage à un état d'alerte, une hypervigilance : les poings peuvent être crispés tout comme les maxillaires, les épaules sont remontées et la respiration se fait à minima. On peut observer aussi chez certains une profonde tension au niveau du diaphragme rendant impossible une inspiration profonde. C'est douloureux et souvent associé à des crampes musculaires diverses (la crampe de l'écrivain en fait partie). La tension interne est alors à son apogée : tout dans la posture indique l'anxiété, le "qui-vive".

C'est dire si le souffle a toute son importance ainsi que la posture du thérapeute qui bien souvent offre au patient la connaissance de son propre corps. Parfois il suffit de montrer qu'en serrant son poing très fort ou en ne respirant qu'au niveau des première côtes on peut bloquer mais aussi dénouer la main, le souffle et ainsi aider le patient à prendre conscience de ce qui se passe pour lui. Le thérapeute montre toujours sur lui-même les segments du corps intéressés au cours de la séance. Je ne peux qu'être frappée à ce jour de voir combien les enfants qui présentent des troubles de l'écriture connaissent peu leur corps d'où l'importance de nommer chaque partie, chaque segment corporel afin qu'ils aient une sensation d'appartenance à un ensemble, une globalité.

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3 janvier 2017 2 03 /01 /janvier /2017 14:46
la voie des petits pas!

L'écriture qui flanche et fait mal est un symptôme d'origine psycho-somatique et comportementale. L'écriture touche à l'identité. Elle dit qui on est, notre personnalité. Mais qu'est-ce que la personnalité?? Un ensemble de traits de caractères qui racontent mon histoire, qui je suis, d'où je viens. Je suis ceci ou cela... enfin... je suis quelque chose!

"Je suis quelqu'un, moi!" disait un de mes très jeunes patients alors que l'école mettait à mal ses compétences.

Pas facile si l'on considère que l'on grandit sous le regard de ses parents, de sa famille et que cela suppose bien des conditionnements, des projections, des rêves et des attentes, des croyances aussi pas toujours positives! Parfois même l'exigence de ces regards pour être une personne à part entière peut faire passer à côté de l'essentiel : le Moi véritable...

Bien des patients utilisent des mots, des expressions qui ne sont pas les leurs, se comportent socialement comme on leur a enseigné de le faire et oublient de ressentir qui ils sont vraiment, à l'intérieur. Pour grandir, être autonome et s'inscrire dans son chemin de vie il est nécessaire de trouver l'équilibre entre tous ces traits de caractères et écrire son propre scénario.

Les bouleversements de la vie, les épreuves, les opportunités vont nous amener à perdre de vue, petit à petit, cette sacro sainte personnalité pour naître enfin à soi-même. Ce n'est pas toujours rapide! et pas facile. Le passage qui s'ouvre est souvent ressenti comme un gouffre, un vide abyssal où l'on est dans la crainte de se perdre. Certains vont même jusqu'à défendre bec et ongles leurs habitudes, leur routine, le chemin tout tracé, leur nid douillet, les conflits familiaux,  pour ne rien changer, ne décevoir personne sinon eux-mêmes ; refus de la vie par impuissance à prendre des risques, le premier étant de faire face seul.

Certains patients, de jeunes adultes s'épuisent alors à s'opposer ; en premier à ce qu'ils ressentent, à ce souffle de liberté, à des aspirations profondément différentes de celles qu'on leur a inculquées. Ils choisissent de ralentir, de taire leur différence, leurs particularités ; ils freinent des quatre fers quitte à sombrer dans la tristesse, la fatalité ou les débordements en tous genres.

Heureusement, pour ceux qui ont eu la chance d'être en confiance dès le début de leur vie, sans crainte face à l'avenir, à l'imprévu ou à ce qu'ils ne connaissent pas, le chemin s'avère moins chaotique, plus enthousiasmant, plein de promesses, d'engagements qui les confortent chaque jour davantage dans leur envie d'aller de l'avant quoi qu'il arrive.

Les autres cherchent sans cesse le "bouton magique" qui fera sauter le bouchon de leurs résistances, de leurs peurs au changement. Ce que certains craignent de l'extérieur correspond avant tout à ce qu'ils craignent de l'intérieur. Ce sont ces vulnérabilités que nous travaillons à petites doses homéopathiques pour modifier leur regard et leur donner l'envie d'y aller! Leurs comportements s'enracinent souvent dans une défense vitale de leur être profond d'où la nécessité de les aborder doucement et respectueusement sinon on ne fait que déplacer le symptôme. On ne baisse le masque qui a permis de supporter sans doute la toute première séparation qu'à condition d'avoir des outils pour se débrouiller et transformer ce sentiment de vide effrayant en ouverture à tous les possibles.

C'est possible à petits pas...

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28 décembre 2016 3 28 /12 /décembre /2016 17:27
Carpe Diem

Profitons de ce que nous vivons là, maintenant... et comme aime à le dire Olivier de Kersauson
... "aita p'ea p'ea", expression polynésienne qui traduit très bien l'idée d'être beaucoup plus ancré dans le moment présent. Peut-être que c'est plus facile dans les îles  du Pacifique Sud éloignées du bruit et de l'agitation perpétuelle à laquelle nous sommes soumis sous nos latitudes!

C'est un savoir vivre, un savoir être ; on profite de l'instant et des joies du jour ; en quelque sorte une philosophie. En cela nous sommes aidés chaque jour par la lumière, celle que nous découvrons le matin même si c'est un peu plus tardif en hiver ; le soleil qui se lève même voilé par les nuages, le brouillard ou la grisaille nous l'offre chaque jour et c'est le premier de nos bonheurs. Sans la lumière  quelles seraient les couleurs de la journée? que serait la vie sans lumière, sans ce soleil qui fait vivre le monde. On a parlé du siècle des Lumières... c'est dire si au-delà de la couleur elle touche aussi l'esprit. La couleur permet parfois aussi de faire renaître des émotions figées. La trace qui se teinte, s'affirme, se décline dans des dégradés, des appuis forts ou de légères évanescences est un moyen d'explorer son "chez soi", d'en faire l'inventaire.

L'écriture qui bloque au passage sur la feuille révèle bien souvent une détresse cachée, des états d'âmes non exprimables autrement que dans la force de la trace.  Un enfant qui écrit mal exprime à sa façon ses inquiétudes, ses questionnements ; certains sont de très bons élèves, d'autres sont tout aussi brillants intellectuellement mais se bornent à ne produire que de "mauvaises notes" résistant à tout apprentissage. Avoir de bonnes notes? "je ne vais pas leur faire ce plaisir" avait dit cet ado ; les mauvaises notes étaient sa seule forme d'expression, la seule qui lui soit accessible. Les mauvaises notes d'un enfant sont bien souvent "un cri de détresse et elles peuvent le cas échéant l'aider, car elles lui permettent d'exprimer une souffrance qui ne peut certes passer que par le langage des symptômes mais néanmoins arrive ainsi à s'exprimer. Cependant un symptôme comme celui-ci ne peut avoir de succès que si les parents sont capables d'y prêter l'oreille et accordent en retour à l'enfant la confiance qui manquait et l'espoir qu'on lui vienne en aide".

Alors? Aita pe'a pe'a! Cela ne veut pas dire allez! ce n'est pas grave, on s'en fout... non ce serait plutôt : il faut veiller à ce que tout se passe bien.

Ce que je souhaite à ceux que j'aime et à mes patients... pour 2017

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21 décembre 2016 3 21 /12 /décembre /2016 10:24
bulles de Noël

"L'impossible nous ne l'atteignons pas mais il nous sert de lanterne" (R.Char)

Une nouvelle année bientôt... et les fêtes de Noël qui arrivent. Noël, un moment qui agite bien des familles. Si cette fête brille par l'abondance des nourritures matérielles et des cadeaux dont on inonde les enfants, le travail clinique met en lumière d'autres facettes. La profusion ramène aussi à des manques, un "vide" familial, l'absence.

Je me rappelle un très jeune patient qui avait fait cette singulière remarque : "j'aime pas le père Noël! c'est un menteur..." ; que voulait-il dire? comme sa maman? que pour lui le seul soutien paternel se limitait à la pension alimentaire... et encore!

On dit toujours aux jeunes enfants : -le père Noël va passer! avez-vous été sages?? C'est la belle histoire qui se répète au fil des générations. Mais que veut dire -être sage-?

Montaigne adorait cette phrase de l'Ecclésiaste, au point de la graver sur une des poutres de sa bibliothèque : "Ne sois pas plus sage que nécessaire, tu deviendrais stupide".

Je vois parfois des enfants "sages" en consultation ; ce n'est qu'une apparence mais ils sont si tendus, si introvertis et mal à l'aise avec eux-mêmes qu'ils semblent s'être figés, lisses de toute émotion. C'est l'écriture qui vient pointer un malaise psychique et une douleur ; cette écriture mal traitée, fil tordu, chaotique et souffrant : tout y est emmagasiné : les exigences, les contraintes, les contrariétés, les changements physiologiques et familiaux, les séparations, les naissances et les deuils. Certains l'abordent avec anxiété, tendus comme des cordes à violon ; d'autres la contemplent de haut, avec une forme de désinvolture comme s'ils ne la voyaient pas, comme s'ils allaient la "mater".

La lenteur de l'écriture est toujours un signal d'alarme : on ne fait pas exprès d'écrire lentement. On s'applique? certes... mais il arrive un moment où le geste doit répondre à l'objectif : être rapide. Piaget dit que "l'expression la plus élémentaire du graphisme de l'enfant est le résultat d'un va-et-vient continu de la main sur le papier et c'est à partir de ce jeu rythmique que se différencieront les premières formes".

Les enfants que je reçois sont guidés par une sensibilité intérieure très fine, subtile, souvent à l'origine de cette difficulté à bien écrire : ils ont cette caractéristique, ce "petit plus" d'émotions de remous intérieurs qui entravent la liberté d'inscription de leur main.

Le désordre de l'écriture, l'illisibilité, les lettres qui valsent ... tout est à prendre en compte, tout comme les comportements qui y sont associés : agitation, rêverie, sautes d'humeur, inattention, tristesse, isolement, agressivité et déprime.
Cette hypersensibilité associée parfois à une intolérance à la frustration et à la contrariété doit alerter et amener très vite les parents à contenir tout débordement, tout effondrement.

N'oublions pas que derrière cette difficulté à produire une écriture "présentable" il y a un désir profond d'avoir "une belle écriture" : tout doit être beau, magnifique... c'est presque magique! On devine une part qui se veut extraordinaire, scintillante... alors, face à cette main qui n'en fait qu'à sa tête et produit parfois un tel charabia, quel affront pour le regard!

Voilà pourquoi dans notre cadre de travail l'écriture ne fait pas partie de l'espace thérapeutique ; nous la laissons de côté pour mieux s'adresser au corps, au ressenti. On "l'oublie" d'une certaine façon, elle qui révèle tant de choses perçues comme défaillances. Il est nécessaire de contenir et de rassurer, d'assurer aussi le geste et l'émotion qui le fait naître.

Comme disait François Roustang : "le vide de l'attente et le rien du projet créent un appel d'air dans lequel le patient ne peut pas ne pas s'engouffrer".

Dans le travail de graphothérapie on ne guérit pas toujours par la parole, la compréhension, encore moins par le vouloir : on guérit par le ressenti, par la position et la résonance du corps.

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16 décembre 2016 5 16 /12 /décembre /2016 14:43
d'après une photo ... peinture à l'huile pour tous les "petits marmitons" en herbe!

d'après une photo ... peinture à l'huile pour tous les "petits marmitons" en herbe!

"Le moment où je parle est déjà loin de moi..."

"Le temps s'en va, le temps s'en va ma dame. Las! le temps non, mais nous nous en allons" (Ronsard)

Le stress du temps qui passe... Mes jeunes patients y sont tout aussi sensibles que nous, adultes, voire plus parfois. Il faut s'adapter à tant de choses, tant d'évènements, des changements de vie, de lieux, de situation. C'est un peu comme en hiver, période où virus en tous genres circulent, de la grippe au simple rhume : pourquoi certains les choppent immédiatement et d'autres passent au travers des gouttes? Nous attrapons tous un tas de trucs, y compris des pas sympas et pourtant tous les jours nous nous en débarrassons grâce à notre système immunitaire, jusqu'au moment où submergé de stress il faiblit.

Il en va de même chez certains enfants qui font face à la peur des autres, la peur des mauvaises notes, la crainte de ne pas y arriver, le tristesse de ne pas être aussi talentueux que le grand frère ou la petite soeur. Pour avancer il faut commencer à bouger! il en va de même dans le travail thérapeutique.

Pour pouvoir aller son chemin en toute confiance il faut pouvoir affronter tous les stress, les inconforts de la vie et trouver dans l'existence du plaisir. Certains jeunes sont déprimés tout simplement parce qu'ils ont peur "d'y aller", peur de la vie.

Dans une famille, chaque enfant occupe dans la fratrie une place particulière et quoi qu'on en dise lorsque l'on est parent... on ne regarde pas ses enfants de la même façon! : c'est un tort de croire que l'on est pareil avec tous. Chacun a sa propre histoire et s'inscrit ainsi dans l'histoire du couple de ses parents et de l'histoire familiale de chacun.

On sait par exemple qu'un enfant "réparateur" ne remplace pas seulement un enfant mort prématurément, il peut aussi arriver après une fausse couche ou un avortement. La vie de cet enfant -baume au coeur- est souvent compliquée.

Il y a ainsi dans des familles des répétitions transgénérationnelles inconscientes. S'inscrire devient difficile, risqué, dans tous les cas difficile. Paradoxalement l'identité s'épanouira grâce aux difficultés de l'écriture et au bon vouloir d'une main capricieuse! C'est parfois le seul indice pour révéler un mal être, plus ou moins profond. Dévoiler, éclaircir et ressentir permettent ainsi de faire face au stress. Personnellement je lui préfère le mot -inquiétude-.

Une séance dure 45 minutes... c'est long! bien long pour certains qui s'interrogent : "il reste combien de temps?" ou qui s'indignent : "mais ça sert à quoi de compter le temps?". C'est une forme de "précipitation immobile" qui en inquiète plus d'un!

A tous ceux là je souhaite des vacances de Noël joyeuses où ils tenteront d'oublier ce découpage d'une journée en heures, minutes et secondes...pour n'être que dans le bonheur du moment présent.

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De la trace écrite à la peinture à l'huile...

 

Tous les chemins pour accéder à un geste plus libre...

 

Qu'est-ce que cela veut dire :  être dysgraphique??


Mon cheminement prend racine dans mon expérience de "graphothérapeute-clinicienne" à travers l'approche quotidienne du corps de mes jeunes patients qui souffrent de mal écrire.Tout comme l'écriture, la peinture passe aussi par le corps ; du regard à la main.

Je peins depuis que je suis enfant, attirée par les traces de toutes sortes : traces d'écriture, de dessin, de pastels, d'aquarelles ou d'encres.

C'est à travers un dédale d'expériences personnelles et thérapeutiques que je me suis "lancée".
Ma démarche est celle d'une promeneuse solitaire qui s'émerveille des paysages de mer : de Bretagne, d'outre-mer ou d'ailleurs.                                    

Le Finistère Nord est mon terrain de jeu, ma boîte de couleurs : de Brest à Carantec, de Morgat aux Abers, de Brignogan à Roscoff ; c'est là que je me ressource et découvre toujours de nouvelles teintes, de nouvelles lumières comme si je les découvrais pour la première fois.
Regarder est si difficile...

 

J'ai créé ce blog pour partager mes réflexions et des instants de ma vie de thérapeute et de peintre.

Quoi qu'il arrive, penser que nous sommes toujours en transition, en devenir, pourrait nous fournir une capacité à rebondir extraordinaire.

"Etre créatif, c'est avoir le sentiment que la vie vaut la peine d'être vécue" (D.Winicott)

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à maux couverts

Cette page -référencée- dans les articles vous permet de poser des questions sur tout ce qui de près ou de loin a trait à l'écriture : apprentissage dès le cp, problèmes rencontrés, tous les "dys" : dysgraphie, dyspraxie, dysorthographie, dyslexie ; les troubles de l'écriture : écriture trop lente, illisible, saccadée, sale avec des ratures, des lettres oubliées, écriture trop grosse, trop petite, etc...

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Je vous répondrai dans la mesure de mes compétences.

N'hésitez pas à me faire part de vos interrogations, vos expériences personnelles, celle de vos enfants, de vos remarques concernant les sujets que j'évoque dans ce blog.

* Merci de ne pas faire de copier/coller de mes textes sur vos blogs. Demandez-moi!

* Toutes les vignettes cliniques parlent de patients "fictifs" bien sûr et de situations choisies sans lien particulier avec telle ou telle personne. Le travail thérapeutique est strictement confidentiel.